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22 octobre 2012 1 22 /10 /octobre /2012 22:56

Suite à notre article sur la foi et la démarche scientifique, le P. Beukelaer nous répond sur son blog :« Même s’il l’exprime avec délicatesse, l’auteur ne m’en voit pas moins glisser vers le « fidéisme » (la foi sans la raison). Personnellement, je pense que c’est lui qui risque de verser dans le « rationalisme » en déclarant: « Voilà pourquoi la foi est fondamentalement un acte de l’intelligence ». Entendons-nous : Les « raisons de croire » sont d’utiles marche-pieds pour inviter notre intelligence à reconnaître que la foi est raisonnable. Ils constituent donc également souvent une préparation à l’Evangile. Mais ils ne sont pas les prémisses logiques qui conduisent nécessairement en la foi au Ressuscité. Comme si la nature humaine se suffisait pour devenir chrétien et que l’Esprit était superflu. « Credo ut intelligam » enseignait saint Augustin. »

 

Je remercie le Père pour cette réponse qui nous permet d’approfondir – en cette Année de la Foi récemment inaugurée par Benoît XVI – l’importante question des relations de la Foi avec la Raison (qui est au cœur, me semble-t-il, des préoccupations de nos derniers pontifes). Elle me fournit l’occasion également d’écarter toute équivoque quant à mon propos – et ceux de Claude Tresmontant.

 

Il est vrai qu’à vouloir trop insister sur l’importance de la raison, on peut donner à penser qu’il suffit de savoir pour croire. Auquel cas, bien entendu, le reproche de rationalisme serait fondé.

 

Qu’est-ce en effet que le rationalisme ? Nous avons cité dans notre précédent article la définition du fidéisme selon Mgr Léonard. Reprenons son ouvrage sur Les raisons de croire pour écouter maintenant ce qu’il nous dit du rationalisme – qui est l’erreur symétrique du fidéisme que nous dénoncions.

 

« Le rationalisme pur consiste dans le rejet a priori de la révélation ou de certains de ses aspects au nom d’une conception trop étroite de la raison qui interdit à l’avance à Dieu soit d’exister, soit de se révéler et d’agir de la manière dont la religion (…) se représente qu’il se révèle et agit. Le rationalisme dira par exemple : Dieu est éternel, donc il ne peut entrer dans l’histoire pour s’y révéler ; il est transcendant, donc il ne peut s’incarner en Jésus ; il est impassible, donc il ne peut souffrir la Croix et ressusciter ; etc… »

 

En cette acception-là, je pense qu’il n’y a pas la moindre ambiguïté – nous ne sommes pas rationalistes. Comme chrétiens, et conformément à la pensée de Claude Tresmontant, nous affirmons que Dieu existe ; qu’il s’est révélé à Israël ; qu’il s’est incarné en Jésus-Christ – mort et ressuscité pour notre Salut ; qu’il est réellement présent à son Eglise, aujourd’hui et jusqu’à la fin du monde – la conduisant peu à peu vers la Vérité tout entière. Nous croyons que les vérités révélées par Dieu ne sont pas accessibles, de soi, à la seule raison – et que pour les connaître, il fallait que Dieu nous les révélât ; que la Vérité absolue dépasse notre raison.

 

Mais nous croyons et affirmons tout cela indissociablement au nom de la foi et de la raison – car nous pensons que toutes ces vérités que je viens d’évoquer peuvent être connues par une analyse rationnelle partant de la considération des phénomènes objectifs que sont : la Création, le fait de la Révélation, l’événement Jésus-Christ, et la réalité organique de l’Eglise catholique.

 

Nous encourons par conséquent le risque d’être considérés comme rationalistes en la seconde acception évoquée par Mgr Léonard : « Sous une forme plus souple, le rationalisme est moins préoccupé de rejeter la foi que de se l’annexer en la résorbant dans le champ de la raison. Cela aboutit à la gnose et à sa version contemporaine, l’idéologie (…). Le rationalisme consiste à vouloir enfermer le fait et le contenu de la révélation dans l’enceinte de la simple – et souvent trop simple – raison, comme si la vérité de la foi était nécessairement à la mesure de l’homme. »

 

C’est donc là qu’une précision s’impose. Dans mon précédent article, j’écrivais : « Le croyant croit parce qu’il sait ». Je reconnais que cette formule n’est pas très heureuse – et qu’elle peut prêter à confusion. Ce n’est pas parce que je sais que Dieu existe, que Dieu s’est révélé au peuple hébreu, que Jésus-Christ est le Fils de Dieu fait homme, que l’Eglise catholique est guidée infailliblement par l’Esprit Saint ; que nécessairement, obligatoirement, mécaniquement, je vais croire. Comme le dit à juste titre le P. Beukelaer, les raisons de croire « ne sont pas les prémisses logiques qui conduisent nécessairement en la foi au Ressuscité. » La preuve ? Elle se trouve en Satan et dans les démons. « Tu crois qu'il y a un seul Dieu? Tu as raison. Les démons, eux aussi, le croient, mais ils tremblent de peur. » (Jc 2. 19) « Pas un dogme dont le démon ne sache l’exacte vérité » rappelait Fabrice Hadjadj dans un ouvrage saisissant que tout évangélisateur devrait avoir en bonne place dans sa bibliothèque [1] « L’apologétique s’efforce de montrer la vérité du christianisme, mais cette vérité connue n’empêche pas d’être pire. Elle ouvre la possibilité de la conversion, mais aussi celle d’un refus consommé. » [2].

 

La foi n’est donc pas simplement affaire de connaissance intellectuelle. Elle est plus que du savoir. Elle implique un consentement à la vérité qui se révèle, une humble soumission à Dieu, une filiale obéissance à sa Parole – à laquelle nos cœurs endurcis par l’orgueil ne se plient pas facilement.

 

Pour croire en Dieu, il ne suffit pas de savoir QUI il est et ce qu’il fait : il faut encore accepter de remettre notre vie entre Ses mains ; reconnaître sa seigneurie dans toutes les dimensions de notre existence ; renoncer à nos propres vues lorsqu’elles contredisent les Siennes ; remettre en cause certains de nos comportements auxquels nous sommes attachés, lorsqu’ils nuisent à notre relation vitale avec Dieu et avec nos frères – ce qui suppose une conversion de tout notre être, un choix de notre volonté, l’exercice de notre liberté : un Amour de Charité, tout simplement.

 

Ce n’est pas parce qu’une chose est vraie que nous l’acceptons volontiers ni facilement ; que nous l’aimons ; surtout lorsqu’elle bouscule nos habitudes, dérange notre confort, contrarie nos convictions premières. Nous pouvons préférer suivre nos voies plutôt que celles de Dieu... en toute connaissance de cause.

 

Un tel déni du réel est possible, selon Tresmontant, parce que « L’intelligence est une action, elle procède d’un choix, d’une disposition originelle, elle naît dans les secrets du cœur » [3] : « Il n'y a pas de double comptabilité, cloisons étanches entre la pensée et la liberté, l'action première et essentielle qui définit un être. La pensée ne se joue pas dans un lieu pur, séparé de l'option du coeur et de ses desseins obscurs. Le contraire de la vérité n'est pas l'erreur, mais le mensonge. Il y a mensonge et non pas seulement erreur, à cause de l’inhabitation dans le secret de l'homme, de la vérité qui le travaille. La relation entre cette vérité et l’homme constitue la conscience morale. L'homme a le pouvoir de refouler, de se cacher à soi-même l'exigence de cette vérité qui opère en lui. » [4].

 

Aussi : « La connaissance n’est pas un luxe, un épiphénomène inutile. Elle est une question de vie ou de mort (…). Le progrès dans la connaissance est un cheminement vers la vie(…). L’intelligence est notre acte principal ; nous en sommes responsables. » [5]

 

C’est en ce sens que je disais que la foi est un « acte de l’intelligence ». Le P. Beukelaer me reproche fraternellement l’usage de cette expression. Elle n’est cependant pas de moi, mais… de Saint Thomas d’Aquin. Himself ! 

 

« Croire, nous dit le Docteur Angélique, est un acte de l’intelligence adhérant à la vérité divine sous le commandement de la volonté mue par Dieu au moyen de la grâce » [6].

 

Il y a donc dans la foi une double part : celle de Dieu – qui révèle une vérité inaccessible à la raison humaine (mais non inintelligible) et qui communique sa grâce. Et celle de l’homme – dont l’intelligence choisit d’adhérer à la vérité divinement révélée.

 

La part de l’homme, c’est l’intelligence. C’est par son intelligence (des vérités naturelles) qu’il est conduit à la foi ; et c’est à l’intelligence (des vérités divines) que la foi le conduit. Quoiqu’il en soit, on voit bien que, comme le disait Benoît XVI en 2008 à Paris« Jamais Dieu ne demande à l'homme de faire le sacrifice de sa raison ! Jamais la raison n'entre en contradiction réelle avec la foi ! L'unique Dieu, Père, Fils et Esprit Saint, a créé notre raison et nous donne la foi, en proposant à notre liberté de la recevoir comme un don précieux. C'est le culte des idoles qui détourne l'homme de cette perspective, et la raison elle-même peut se forger des idoles. »

 

Puisqu’il n’y a pas contradiction entre la raison et la foi – mais au contraire fécondation mutuelle –, tous les moyens humains que nous pouvons prendre pour développer notre intelligence du réel disposera notre cœur à l’accueil de la foi – qui est la plénitude de la Connaissance. « La foi, c’est l’intelligence (…) rappelait Claude Tresmontant à la suite du Docteur Commun. La foi est adhésion à la vérité » [7]. Encore faut-il la connaître... C’est tout l’enjeu, me semble-t-il, de l’apologétique chrétienne qui,en dépit de ses limites justement soulignées plus haut par Fabrice Hadjadj, reste un outil majeur d’apostolat : la mission de l’Eglise est de donner au monde la Vérité.

 

Non pas, je le répète, que l’intelligence de la Vérité soit suffisante pour croire – la foi n’est pas le fruit naturel d’une raison qui sait – la raison qui sait a aussi le pouvoir de se perdre... Mais elle est fondamentale et nécessaire pour croire. Une foi sans fondement rationnel, pour aussi admirable qu’elle soit lorsqu’elle manifeste un attachement sincère au Christ et à l’Eglise, est comparable à une maison bâtie sur le sable… A la première tempête, elle s’effondrera. Le croyant sera alors ‘l’homme d’un moment’, comme dit Jésus au sujet de ceux qui croient sans comprendre.

 

Voilà pourquoi il faut inciter ceux qui ne croient pas à approfondir la question de l’existence de Dieu et de sa Révélation à Israël ; voilà pourquoi il faut aider nos contemporains à connaître Jésus-Christ, à réfléchir sur le mystère de sa personne et sur l’événement de sa résurrection (dont notre histoire porte la marque) ; voilà pourquoi nous devons présenter l’Eglise catholique pour ce qu’elle est : le foyer de la présence divine d’où jaillit la sainteté – qui est l’humanité nouvelle régénérée dans le Christ. Non par des proclamations sentencieuses. Mais avec des arguments rationnels.

 

« Le motif de croire, dit le Catéchisme de l’Eglise catholique, n’est pas le fait que les vérités révélées apparaissent comme vraies et intelligibles à la lumière de notre raison naturelle (…). Néanmoins (…) Dieu a voulu que les secours intérieurs du Saint-Esprit soient accompagnés des preuves extérieures de sa Révélation. C’est ainsi que les miracles du Christ et des saints, les prophéties, la propagation et la sainteté de l’Église, sa fécondité et sa stabilité sont des signes certains de la Révélation, adaptés à l’intelligence de tous, des "motifs de crédibilité" qui montrent que l’assentiment de la foi n’est nullement un mouvement aveugle de l’esprit. » (CEC § 156).

 

Il est donc capital de retrouver la raison de notre foi si l’on veut entrer en dialogue avec les non-chrétiens, puisque là précisément se situe le terrain propice à l’évangélisation du monde moderne : « En défendant la capacité de la raison humaine de connaître Dieu, l’Église exprime sa confiance en la possibilité de parler de Dieu à tous les hommes et avec tous les hommes. Cette conviction est le point de départ de son dialogue avec les autres religions, avec la philosophie et les sciences, et aussi avec les incroyants et les athées. » (CEC, § 39).

 

Ce que je regrette un peu dans la réponse du P. Beukelaer aux propos de Christian de Duve, c’est qu’il n’ait pas provoqué le vénérable prix Nobel dans son domaine de prédilection qui est… la connaissance scientifique. Car au fond, le problème de Christian de Duve, ce n’est pas d’être trop scientifique ; c’est de ne l’être pas assez. Comment un scientifique de son envergure peut-il affirmer que le Pape assène au monde des « vérités révélées, et donc non contestables » comme autant « de certitudes qui ne se fondent sur aucune réalité démontrable » ? Comment un savant peut-il porter un jugement aussi péremptoire, sans avoir pris la précaution d’examiner objectivement, scientifiquement, sans préjugés ni a priori, la réalité qu’il critique – et que manifestement, il ne connaît pas. Dire que l’Eglise ne fonde ses certitudes théologiques sur aucune réalité démontrable, c’est tout simplement faux ! – c’est contraire à la réalité objective qu’est censée scruter le scientifique. L’Eglise a toujours tenu à « rendre raison » de l’espérance qui est en elle – elle ne s’est jamais contenté d’asséner des vérités inintelligibles. L’Eglise, dans son annonce de l’Evangile, a toujours sollicité l’intelligence, le raisonnement, la logique, le bon sens. Jamais elle ne nous a demandé d’avaler des couleuvres indigestes et inassimilables.

 

La parole de Saint Augustin (« Credo ut intellegam») que m’oppose aimablement le P. Beukelaer, est celle d’un théologien qui n’a accès aux vérités qu’il contemple que par la foi. Augustin rappelle que l’intelligence des vérités révélées trouve sa source dans la foi – ce qui est très juste. Mais cette parole n’a de valeur que dans l’ordre théologique – chez ceux, donc, qui croient déjà. Elle est inopérante pour des non-croyants qui n’ont pas accès aux vérités révélées, et à qui on ne peut pas demander de renoncer à la raison pour croire ! « Que voulez-vous que pense un savant, habitué à la pratique des sciences expérimentales, en présence d’un théologien qui lui dit qu’il faut partir de la Parole de Dieu, mais qui a bien pris soin de préciser auparavant qu’il est impossible d’établir l’existence de Dieu par l’analyse rationnelle et qu’il est impossible aussi d’établir que Dieu a parlé ? Le tout est remis à la « foi », comprise par la force des choses comme un assentiment aveugle. » [8].

 

C’est à la raison de nos contemporains qu’il faut s’adresser – c’est elle que nous devons interpeller, questionner, stimuler. Ce n’est pas du rationalisme dans la mesure où nous savons bien que pour aussinécessaire que soit ce travail, il ne sera jamais suffisant – et qu’il doit être suppléé par des moyens surnaturels qui attirent la grâce de Dieu (la prière, les sacrements, des expériences d’Eglise, le jeûne, la lecture de la Bible…). Les seuls vrais évangélisateurs, nous le savons, ce sont les saints. C’est par notre sainteté personnelle que nous pourrons toucher le cœur et l’intelligence de nos contemporains, plus que par nos grands discours.

 

Il reste que nous ne pouvons pas renoncer à l’intelligence – puisqu’elle a partie liée avec la foi ; et qu’il n’y a pas de foi authentique sans la raison ; que c’est mutiler la foi que de lui soustraire la raison : « L’Eglise veut et elle tient à ce que l’ordre intellectuel et rationnel conserve sa consistance propre, son autonomie. Elle ne veut pas qu’on tente d’établir l’ordre surnaturel sur des soubassements friables, sans consistance, sans solidité. Elle ne veut pas qu’on affaiblisse l’ordre naturel, l’ordre de la Création, pour introduire l’ordre surnaturel de la grâce (…). L’ordre surnaturel, l’ordre de la grâce, n’abolit pas l’ordre naturel, ne le détruit pas, au contraire, il l’achève, le réalise, le conduit à son terme ultime et à sa perfection. » [9]

 

Distinguer foi et raison de manière à ce pas les confondre n’implique nullement de les séparer – car de fait : elles sont inséparables. La foi présuppose la raison ; la foi contient la raison ; la foi surélève la raison et la porte à son sommet. Foi et Raison sont inséparables du fait de l’unité de la personne qui pense et qui croit. On ne peut pas plus séparer la Foi et la Raison que l’Âme et le Corps. Ce serait la mort assurée... La dialectique entre la foi et la raison n’est pas dualisme, mais articulation et communion.

 

Alors en ce sens là, oui peut-être : nous sommes rationalistes. Mais ce rationalisme-là, nous le revendiquons, nous l’assumons. Nous sommes même, à la vérité, les seuls vrais rationalistes au monde, les rationalistes authentiques – puisque nous conférons à la Raison humaine un pouvoir exorbitant que les rationalistes athées eux-mêmes lui dénient : celui de connaître Dieu et de pénétrer ses mystères. « La seule chose, en réalité, que nos frères athées et rationalistes, auprès de qui nous sommes déshonorés, pourraient reprocher à la théologie chrétienne catholique, serait d’être rationaliste à l’excès, d’être rationaliste d’une manière intempérante, puisque, comme nous l’avons vu, aux yeux de la théologie catholique, la métaphysique est une science de ce qui est, et à ses propres yeux, la théologie catholique est une science. » [10].

 

Il convient donc de reconnaître, avec le Cardinal Joseph Ratzinger – futur pape Benoît XVI  que : « Par son option pour le primat de la raison, le christianisme est encore aujourd’hui un rationalisme philosophique. » 

 


[1] Fabrice Hadjadj,  "La foi des démons, ou l'athéisme dépassé", Salvador 2009, p. 153.

[2] Ibid., p. 15

[3] Claude Tresmontant, in "Essai sur la Pensée Hébraïque", Cerf 1953, p. 122.

[4] Ibid., p. 117.

[5] Ibid., p. 126

[6] Saint Thomas d'Aquin, in "Somme Théologique", 2-2, 2, 9.

[7] Claude Tresmontant, in "Essai sur la Pensée Hébraïque", Cerf 1953, p. 134.

[8] Claude Tresmontant, in  "L'histoire de l'univers et le sens de la Création", François-Xavier de Guibert 2006, p. 55.

[9] Ibid., p. 49.

[10] Ibid., p. 60-61

[11] Joseph Ratzinger, in "Est-ce que Dieu existe?", Payot 2006, p. 102. 

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Published by Matthieu BOUCART - dans Critiques
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7 octobre 2012 7 07 /10 /octobre /2012 19:21

Je voudrais réagir à un récent article de l’Abbé Eric de Beukelaer sur son blog personnel, intitulé « Pratiquants non croyants ».

 

Après avoir déploré (à juste titre) la « religiosité sociale » de certains catholiques – l’attitude de ceux qui vont à la messe sans avoir vraiment conscience de ce qu’ils font et de ce que cela implique dans le concret de leur vie (qu’il appelle, non sans humour, les « pratiquants non croyants ») –, le Père rapporte un extrait de l’interview donnée dans le quotidien belge « La Libre » du jour, par le prix Nobel Christian de Duve : « Les gens, déclare ce dernier, n’ont pas appris à raisonner avec la rigueur et l’honnêteté intellectuelle qu’essaient d’observer les scientifiques, à pratiquer le doute méthodique dont parlait Descartes. Ils manquent d’objectivité et sont obnubilés par des croyances et des certitudes qui ne se fondent sur aucune réalité démontrable. C’est vrai du Pape qui parle de “vérités révélées” et donc, non contestables et qui est pourtant suivi par 1,5 milliard de gens ».

 

Cette « sortie » du prix Nobel de médecine lui vaut cette réplique cinglante du Père Eric de Beukelaer : « Comment un homme aussi intelligent et respectable, qui a baigné bien plus que moi dans un catéchisme à l’ancienne, peut-il sortir une phrase aussi énorme du point de vue épistémologique? Comment peut-il tomber à pieds joints dans le piège du « rationalisme concordiste », qui consiste à prétendre que la méthode scientifique est la seule qui fasse sens? Comment peut-il à ce point confondre une affirmation scientifique visant la réalité finie et quantifiable avec une adhésion de foi, touchant à l’infini et donc à l’indémontrable? Et quid de la poésie et de la danse? Leur vérité sont-elles démontrables? Je pense que le professeur de Duve a longtemps été un pratiquant non croyant, avant de se reconnaître agnostique. Il a adhéré durant sa jeunesse à des « preuves de l’existence de Dieu » et des « raisons de croire », avant de les laisser tomber comme peu crédibles. Mais jamais, sans doute, ne fit-il l’expérience intime du Ressuscité. »

 

Le Père de Beukelaer a tout à fait raison de rappeler au scientifique que les sciences modernes ne sont pas la seule voie d’accès au réel – que la science a ses limites, et qu’elle est impuissante à appréhender des réalités non matérielles comme l’amour, la beauté, la liberté, le bien et le mal, la pensée, « la poésie et la danse ». La science aujourd’hui reconnaît elle-même qu’elle ne pourra jamais atteindre le fond du réel – validant du même coup la pertinence d’un regard de nature philosophique et/ou religieux sur le monde. Le scientisme du XIXe siècle a vécu : on sait aujourd’hui que les sciences « dures » ne regardent le monde que sous un aspect particulier qui ne dit pas TOUT du réel et n’exclut pas d’autres angles d’approches, complémentaires et tout aussi valables, qui en appellent au sens profond des choses.

 

Il me semble toutefois qu’il y a quelque chose de très juste dans la critique de Christian de Duve, que le Père ne relève pas dans son billet – mais qu’il me paraît important de considérer si l’on veut vraiment entrer en dialogue avec la pensée contemporaine. C’est que « Les gens n’ont pas appris à raisonner avec la rigueur et l’honnêteté intellectuelle qu’essaient d’observer les scientifiques (…). Ils manquent d’objectivité et sont obnubilés par des croyances et des certitudes qui ne se fondent sur aucune réalité démontrable. »

 

C’est un constat que l’on est bien obligé de poser, avec Christian de Duve. Une réalité dénoncée par un grand prélat de l’Eglise catholique, Mgr André Léonard, dans son maître-ouvrage « Les raisons de croire » : « La moyenne des croyants, écrit-il, est (…) exposée à l’erreur du fidéisme » qui consiste à concevoir la foi en Dieu comme une « pure affaire d’expérience ou de sentiment, une question de conviction personnelle », une croyance aveugle et inconditionnelle n’ayant rien à voir avec la raison. « Même dans la jeunesse universitaire – celle que je connais le mieux –, il me semble que le péril qui menace le plus directement les chrétiens sur le plan intellectuel est celui du fidéisme. Il se présente sous les traits d’une foi généreuse mais insuffisamment éclairée et risquant, par là même, de n’être qu’un feu de paille vite étouffé par la compétence acquise en matière profane et par les soucis professionnels et familiaux de l’âge adulte. »

 

Plutôt que de répondre au prix Nobel en lui montrant à quel point il se trompe lorsqu’il critique le Pape, à qui il reproche d’enseigner à une part importante de l’humanité des « “vérités révélées” et donc, non contestables » – sans voir que, dans la pensée des Papes, cette foi dans les vérités révélées s’appuie sur des preuves très solides, échappant du même coup au reproche adressé aux « croyances et (…) certitudes qui ne se fondent sur aucune réalité démontrable » –, le Père de Beukelaer préfère opposer à la pensée scientifique du Nobel de Médecine « l’expérience intime du Ressuscité » : comme s’il fallait choisir entre la raison raisonnante du savant et la vie spirituelle du croyant – comme s’il y avait une cloison étanche entre la raison naturelle et la foi surnaturelle – comme s’il n'existait aucune relation entre l'une et l'autre.

 

Quand on lit le Père de Beukelaer, on n’échappe pas à la fâcheuse impression que lui-même ne croit pas vraiment dans les « preuves de l’existence de Dieu » et [les] « raisons de croire » » que Christian de Duve a, selon lui, laissé « tomber comme peu crédibles ». Le Père joue sur la dialectique entre la science – qui viserait une « réalité finie et quantifiable » – et la foi, qui toucherait, elle, à l’infini « et donc à l’indémontrable ». Si l’on suit le Père dans cette logique, on sera amené à penser que Dieu étant une réalité infinie et non quantifiable, il échappe à toute démonstration ; qu’on ne peut Le connaître qu’en croyant en lui, à son existence, et dans les vérités qu’il nous révèle ; que pour devenir croyant, il faut faire le saut : de la raison à la foi. Ce saut est justifié, nous dit le Père, par le fait qu’il existe des vérités indémontrables (la poésie, la danse…) auxquels le scientifique croit sans difficultés quand il sort de son laboratoire. Si le scientifique est capable de connaître ces réalités qui n’entrent pas dans son champ d’analyse professionnel, rien ne l’empêche a priori de croire en Dieu. Car autre chose est la science (qui appartient au domaine rationnel de ce qui est démontrable – et relève d’une analyse objective) ; autre chose est la foi (qui appartient au domaine spirituel indémontrable – et relève de l’expérience intime, subjective). L’important est de savoir faire épistémologiquement la part des choses.

 

Le problème, c’est que, si l’on peut justifier, sur le principe, la croyance en des vérités non matérielles – transcendantes en quelque manière – (au nom de l’expérience que tout le monde fait, y compris les scientistes les plus endurcis), cela ne suffit pas pour fonder notre foi dans le Dieu d’Israël, le Dieu de Jésus-Christ. Pourquoi croire en ce Dieu là plutôt qu’en un autre ? Pourquoi choisir Jésus-Christ, plutôt que Mahomet ou Bouddha ? Pourquoi choisir l’Eglise catholique, plutôt que la franc-maçonnerie, ou une philosophie de vie athée ? Après tout, nous sommes dans le domaine des choix intimes et personnels – de la liberté de chacun d’orienter sa vie comme il l’entend. Il est des croyants d’autres religions qui font aussi une « expérience intime » de Dieu – et dont il est impossible de dénier l’authenticité. Et il est des non croyants qui développent une éthique de vie remarquable, qui les comble d'un bonheur naturel et dont beaucoup de chrétiens pourraient s’inspirer.

 

On ne peut donc échapper à la question de la vérité objective de la foi chrétienne – sauf à tomber dans le subjectivisme et le relativisme ; dans le fidéisme.

 

Que le foi ouvre la raison humaine à des horizons qui dépassent infiniment ses capacités naturelles, c’est une évidence ; qu’elle donne accès à des vérités révélées qui ne sont pas démontrables et que l’on ne peut que croire pour les connaître, voilà qui est absolument certain (comment démontrer rationnellement, par exemple, la présence réelle de Jésus-Christ dans l’eucharistie ? ou le mystère de sa naissance virginale ? ou l’existence de l’enfer ? des anges, bons et mauvais ?....). Mais il est important ici de considérer que, si le croyant adhère à ces vérités de foi qu’il tient pour révélées, c’est qu’il a des raisons de le faire. Il a des raisons de penser que Dieu existe ; qu’Il s’est révélé à Israël ; qu’Il s’est incarné en Jésus-Christ ; qu’Il a fondé l’Eglise catholique en l’assurant de son assistance infaillible dans l’enseignement des vérités de la foi et de la morale. Le croyant croit parce qu’il sait. Il sait que la Vérité existe ; il sait qu’elle s’est manifestée en Jésus-Christ ; qu’elle a été confiée à l'Eglise ; qu'elle le dépasse infiniment ; et il accepte humblement de se laisser enseigner par elle. Mais il n’y consent que dans la mesure où il l’a préalablement reconnue pour ce qu’elle est : la Vérité absolue, indépassable. Voilà pourquoi la foi est fondamentalement un acte de l’intelligence.

 

Un commentateur de l’article du Père de Beukelaer rappelle très opportunément les fondements rationnels de la foi chrétienne : « d’abord, je professe que Dieu, principe et fin de toutes choses, peut être certainement connu, et par conséquent aussi, démontré à la lumière naturelle de la raison « par ce qui a été fait » Rm 1, 20, c’est-à-dire par les œuvres visibles de la création, comme la cause par les effets.

 

« Deuxièmement, j’admets et je reconnais les preuves extérieures de la Révélation, c’est-à-dire les faits divins, particulièrement les miracles et les prophéties comme des signes très certains de l’origine divine de la religion chrétienne et je tiens qu’ils sont tout à fait adaptés à l’intelligence de tous les temps et de tous les hommes, même ceux d’aujourd’hui.

 

« Troisièmement, je crois aussi fermement que l’Eglise, gardienne et maîtresse de la Parole révélée, a été instituée immédiatement et directement par le Christ en personne, vrai et historique, lorsqu’il vivait parmi nous, et qu’elle a été bâtie sur Pierre, chef de la hiérarchie apostolique, et sur ses successeurs pour les siècles. »

 

L’esprit scientifique trouve donc à s’appliquer dans la démarche de foi : il en est le préambule naturel. Sans cette démarche préalable de la raison scientifique, le croyant n’est pas vraiment croyant, mais fidéiste. C’est la raison pour laquelle la formation des prêtres catholiques commence par deux années de philosophie, où le futur homme de Dieu est introduit dans la pensée de Saint Thomas d’Aquin, qui reprend et développe celle d’Aristote – qui n’est autre que l’inventeur… de la méthode scientifique ! 

 

Pour découvrir la vérité sur le monde et sur nos vies, il n’est d’autre moyen que de partir de l’observation du réel perçu dans l’expérience sensible, et d’utiliser notre raison pour déchiffrer les informations que nous y trouvons. C’est cela la démarche scientifique ; et c’est cela aussi la démarche initiale du croyant. La raison scientifique, loin d’être un lieu de division, d’opposition, entre le savant et le croyant, me paraît tout au contraire un lieu privilégié de rencontre et de dialogue : un point de convergence fondamental.

 

« L’humanité est de plus en plus formée par les sciences expérimentales, et c’est un grand bien pour elle. L’intelligence humaine apprend à distinguer le réel du fantasme, l’expérience du mythe, la pensée rationnelle du délire. Elle apprend quels sont les critères de la vérité et les critères de la certitude. Non seulement le message que constitue le monothéisme chrétien doit être présenté en sorte qu’il soit désirable, mais de plus il doit être exposé de telle sorte que l’intelligence humaine puisse s’assurer qu’il est vrai » (Claude Tresmontant, in L’histoire de l’Univers et le sens de la Création).

 

Si le croyant croit en l’existence de Dieu, c’est parce qu’il regarde l’Univers. Il voit que l’Univers n’est pas éternel – il en induit qu’il n’est pas incréé. Il voit que l’Univers est ordonné, structuré mathématiquement – il en induit qu’il a été créé par une Intelligence. Il voit que l’Univers contient des êtres personnels, capables de dire JE et TU – il en induit que l’Intelligence créatrice de l’Univers est de nature personnelle. Il a démontré ainsi rationnellement l’existence de Dieu, et constaté qu’il n’existe aucune alternative rationnelle à l’existence de Dieu – car le néant et le hasard ne sont pas des explications satisfaisantes pour rendre compte de l’existence de l’Univers et de chacun de nous.

 

Si le croyant maintenant croit que Dieu s’est révélé à Israël, c’est parce qu’il regarde l’histoire du peuple hébreu. Il voit que « le Dieu d’Israël ne demande pas aux enfants d’Israël de ‘croire’ en Lui aveuglément, sans raison, sans justification, sans certitude fondée, sans connaissance. Le Dieu d’Israël ne demande pas aux enfants d’Israël de ‘croire’ en Lui au sens moderne du mot ‘croire’ : sans la connaissance, sans la certitude fondée sur une expérience analysée d’une manière rationnelle » – qui est la méthode scientifique. « Au contraire, il leur propose, depuis l’élection d’Israël, depuis la sortie d’Egypte, une expérience historique, et le prophète est chargé d’interpréter aux yeux du peuple cette expérience, de la lire, de la rendre intelligible. L’expérience historique dont Israël est le témoin vivant atteste qu’en effet, Celui qui parle par la bouche des prophètes est aussi Celui qui opère dans l’histoire. C’est bien là une connaissance, avec des arguments, des preuves, une expérience fondamentale qui demande à être interprétée, et qui ne peut pas être interprétée de n’importe quelle façon. »

 

« Le fait de la manifestation, de la révélation, de l’opération du Dieu vivant en Israël n’est pas une question de ‘foi’ au sens contemporain du terme, mais une question de CONNAISSANCE – connaissance fondée, comme toute connaissance authentique, sur une expérience interprétée par la raison. » Donc sur la méthode scientifique. « Le fait que Dieu s’est manifesté en Israël et qu’il a opéré dans l’histoire, cela est CONNU, si l’on veut bien examiner le donné, en l’occurrence l’histoire d’Israël et le phénomène prophétique. »(Claude Tresmontant, in le Problème de la Révélation, p. 320)

 

La même analyse scientifique peut-être effectuée sur la personne de Jésus-Christ, en considérant son histoire, ses paroles, ses actes, les fruits visibles de sa vie ; et sur l’Eglise catholique. Nous avons des raisons de croire en la divinité de Jésus-Christ, en sa résurrection et dans la présence de l’Esprit de Dieu dans l’Eglise catholique.

 

Bien sûr, si le christianisme est vrai, si Jésus est bel et bien vivant aujourd’hui, ressuscité, il peut se manifester de manière particulière aux hommes dans une « expérience intime ». Je dirais même que c’est cette expérience intime qui est fondatrice de la foi – et c’est sans doute ce que voulait exprimer le P. de Beukelaer. La foi provient d’une rencontre personnelle avec le Ressuscité. Mais cette rencontre ne se fait pas toujours de manière mystique, sensible. Tous les « croyants pratiquants » authentiques ne peuvent pas dire : « J’ai rencontré le Christ tel jour à telle heure ». La divine rencontre prend diverses formes, emprunte divers chemins. Et la raison en est un – important. On pourrait dire ainsi que l’observation de l’Univers, chez le scientifique croyant, est une « expérience intime du Ressuscité », puisque qu’elle est écoute d’une Parole (d’un Verbe) qui se dit dans le Livre de la Nature ; perception d’un Logos immanent au créé qui lui donne sens.

 

Quoiqu’il en soit de cette rencontre personnelle avec le Christ, la foi ne nous fait pas entrer dans un ordre où la raison n’a pas cours. Même celui qui fait l’expérience mystique du Christ ne peut se convertir que s’il a des RAISONS de croire que c’est bien lui, le Christ, qui s’est manifesté à lui. S’il n’est pas habité par cette conviction rationnelle (étayé par des « signes » qui le persuaderont – même si ces « signes » ne font sens que pour lui), sa démarche spirituelle ne durera pas, faute de racines. L’homme a besoin d’être rationnellement convaincu pour orienter sa vie dans telle direction. Cela fait partie de sa nature – il est fondamentalement un être rationnel ; la négation de la raison est négation de notre humanité.

 

On comprend mieux pourquoi l’attitude de nombreux croyants, adhérant aveuglément à la foi catholique sans la penser de manière rigoureuse, objective et honnête (ces fameux « pratiquants non croyants »), irritent profondément les scientifiques de formation pour qui un tel comportement (fidéiste) n’est pas digne de l’homme. Mais que ces savants soient assurés que telle est aussi la pensée de l’Eglise catholique.

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18 septembre 2012 2 18 /09 /septembre /2012 19:07

Comment parler de Dieu - HadjadjIl est convenu d’approcher l’être humain en tant qu’être de symbole et/ou être de nature. Fabrice Hadjadj semble n’avoir d’yeux que pour la première définition. Il a trop peur de sombrer dans le positivisme en abordant la seconde alors qu’elle compte tout autant, même si dans cet essai qui vient de paraître aux éditions Salvador, Comment parler de Dieu aujourd’hui ?, il tente d’associer la parole et l’être… dans son intégralité.

 

Philosophe, professeur et dramaturge, Fabrice Hadjadj est surtout connu dans le paysage culturel pour avoir écrit des essais caustiques sur l’actualité, avec un regard de « catholique ». Habile déconstructeur de notre petit confort quotidien, il n’hésite pas à mettre en oeuvre son esprit de finesse au service d’une critique implacable des « tendances » politico-religieuses ou anthropologiques qui secouent notre modernité, partagée entre écologisme, fondamentalisme, technocratie, trans-humanisme.

 

Si « L’utopie du progrès est la seule barrière contre la barbarie. » selon Max Gallo, « Les totalitarismes nous ont prodigué la démonstration que l'utopie du progrès débouchait sur l'empire de la terreur. » (p. 176) aux yeux de Hadjadj.

 

Bien que son meilleur livre reste sans nul doute Mystique de la chair, il faut aussi souligner certaines lignes redoutables rencontrées dans La foi des démons, Réussir sa mort : anti-méthode pour vivre, Essai sur le paradis : une joie qui dérange.

 

« Reprise d’une conférence prononcée le 26 novembre 2011, à l’invitation de son Eminence le cardinal Stanislas Rylko, durant l’Assemblée plénière du Conseil pontifical pour les laïcs », Hadjadj prend le parti du balbutiement contre le moralisme et le lecteur pourra être touché d’une telle humilité. « L’apôtre qui balbutie comme un homme ivre vaut mieux que celui qui parle comme un livre. » (p. 13)

 

L’essai entend s’interroger sur les modalités de la parole dans le sens du discours chrétien : Comment dire la Parole ? Comment se prétendre parole alors qu’on ne vaut pas mieux qu’un clown ?

 

L’auteur préfère le dialogue et l’échange à la com’ qui incite à consommer : « Dans la parole, le matériel et le spirituel s’épousent indissolublement. » (p. 87)

 

Dans ces conditions, la fameuse « liberté d’expression » finit par se révéler « insidieuse censure », dans la mesure où elle renonce « à la patience de toute pensée véritable, au balbutiement de toute parole nouvelle. » (p. 82)

 

Le philosophe s’offre l’occasion de déconstruire l’utilitarisme, non sans un brin de malice : « Tandis que les autres animaux, par leur communication, ramènent tout ce qui existe au circuit de leur utilité, l’homme, par sa parole, se porte au-delà de ce qui est utile, pour désigner les choses telles qu’elles sont. » (p. 92)

 

Le clown contre le bouffon

 

Alors, comment échapper au piège réceptif de la com’ sans passer par une parole complaisante ? Avec Fanciouille. Avec le clown, ce champion du contemplatif.

 

Si « le comique fait rire en général, tandis que le bouffon se moque des autres. » (p. 126), le clown rejoindrait presque le rire universel baudelairien (catholique, en somme) qui consiste à rire de sa propre chute. Il s’agit là d’un « sérieux métaphysique » :

 

« Le [comique] dispose d’un savoir-faire, le [bouffon], d’une tête à payer. Or le clown, s’il fait rire, c’est sans astuce et presque toujours à ses dépens. Et, s’il a une certaine disposition vis-à-vis d’autrui, ce n’est pas de la moquerie, mais l’admiration. En vérité, le clown est très sérieux, il prend même tout avec un sérieux immense, ne fût-ce que le simple fait de respirer ou d’avoir à faire un pas. » (p. 126)

 

Le chrétien est donc un clown ; il ne « cherche pas à faire drôle, mais il est drôle à ses dépens. » (p. 128) Loin de faire de la figure du clown le sommet de l'absurdité, Hadjadj rejoint l'humanisme intégral de Maritain en reconnaissant que « les dogmes de la foi ne sont pas absurdes, ils sont super-rationnels » (p. 129)

 

Tradition acosmique ; tradition thomiste

 

Hélas, il est à craindre qu’on n’entendra jamais Hadjadj en dehors de la sphère « catho ». Le « pont » n’est pas fait ; il ne sera pas fait tant qu’un philosophe n’aura pas cherché à casser le mur entre la méta- et la physique. Tant que le liant ne sera pas fait, les livres d’Hadjadj seront réduits au rayon « spiritualité », « religiosité », « sagesse », comme autant d’aliments du rayon surgelé.

 

J’affirme donc ma peine de voir ce constat, emblématique de la tradition philosophique française, essentiellement littéraire.

 

Voici la grande différence, abyssale, avec Tresmontant. Si Tresmontant a écrit Comment se pose aujourd’hui le PROBLEME de l’existence de Dieu, Hadjadj écrit Comment PARLER de Dieu aujourd’hui ?, comme si le « problème » était évident, comme si on avait répondu le plus sereinement du monde aux cris d’un Michel Onfray. Eh bien non !

 

Tant qu’on n’aura pas répondu à cette question, quitte à passer pour un illuminé ou un prétentieux (c’est le prix à payer), on se condamne à faire de l’élitisme malgré soi. Hadjadj reste dans le verbe et il le fait très bien. Tresmontant, lui, remarque des faits qui, précisément, réduisent l’athéisme ou l’agnosticisme à du pur verbalisme et rien d’autre.

 

Nous sommes bien obligés de le constater : Hadjadj ne sort pas de la critique de l'athéisme avec les outils du discours et de l’esthétisme. C'est fort bien lumineux comme déconstruction, mais un tel projet se condamne à l'étiquette "religiosité" ou "spiritualité", cet autre nom pour désigner la "religion du privé", bien confortable ; une sorte de friandise esthético-mystique. Hadjadj a conscience de cet échec :

 

« Si mon interlocuteur ne croit pas plus ou moins à la béatitude, mes sermons les plus persuasifs ne l'atteindront pas, ou mal, mes propos paraîtront tissus de dogmes fantaisistes et de normes arbitraires, il croira que je cherche à l'embrigader, alors que je ne veux que préserver le mystère de son visage. J'aurais beau l'inviter dans l'arche, il s'imaginera que je cherche à le mettre en prison. »

 

Devant le constat amer, que propose-t-il à part être un clown ?

 

« Voilà pourquoi plus que jamais, alors qu'au point de vue temporel, la quête du bonheur semble révolue, il faut prêcher l'espérance avant de faire de la morale, annoncer le salut avant de dénoncer le salaud. » (p. 196)

 

... voilà les conséquences d'une philosophie "littéraire". « Prêcher l'espérance », oui, mais il faut répondre aux exigence de notre temps, ce qui serait aussi une marque d'amour (peser ce qui est voulu) : il faut mettre la main à la pâte (à la glaise, écrirait-il) et il préfère le balbutiement des mots. 


Ses pages respirent d'un amour vivant, mais tant qu'il ne sortira pas de sa grille de lecture post-idéaliste, il est condamné à faire du touche-logos avec Onfray. Si l'Eglise, au XVIe siècle, parlait métaphysique par le biais de l'art comme il l’écrit avec brio dans ses autres essais, c'était parce que l'époque le demandait encore. Aujourd'hui, on peut s'en désoler mais c'est ainsi : le monde réclame du sens avec les outils du méta-, sans doute, mais surtout de la physique. Il est donc un devoir d'y répondre et sur ce point, Hadjadj botte en touche.

 

Il faut ajouter à cette reddition silencieuse du philosophe une vraie reconnaissance d’échec du chrétien ; en cela, l’essai est émouvant. Tresmontant pourrait répondre qu’un essai de philosophie ne se réduit pas à un constat d'échec, surtout devant un problème aussi urgent ; répondre aux exigences de notre temps à la manière de Tresmontant, avec la plus « sainte des simplicités » se révèle une parole que l’on écrit partout mais que l’on ne vit nulle part : un amour en acte, un amour vivifiant.

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18 août 2012 6 18 /08 /août /2012 11:22

L'Express - 1er août 2012Après les deux derniers dossiers du Point consacrés à l'existence de Dieu, c'est au tour de L'Express de s'interroger sur les "10 raisons de croire", dans son édition du 1er août 2012. Un numéro nettement plus intéressant que ceux de son concurrent - que l'on doit pour l'essentiel à l'érudition du journaliste Philippe Chevallier. "L'homme n'est pas un animal religieux, il est un animal intelligent qui se pose des questions intelligentes. Et parmi ces questions intelligentes, il y a celle de Dieu".

 

Le dossier commence mal pourtant, avec les quelques lignes d'introduction de Christian Makarian qui sort de son chapeau trois citations de Pascal, qui laissent augurer le pire pour la suite du reportage. La 1ère : "Douter de Dieu, c'est y croire". La 2e : "La vraie morale se moque de la morale". La 3e : "Le vrai se conclut souvent du faux". Les deux premières propositions pourraient se justifier, à condition d'être longuement expliquées – afin d'éviter tout malentendu. Mais elles sont livrées là, "brutes de décoffrage", au lecteur qui doit se débrouiller avec... On le devine : ce sont des journalistes athées qui vont nous exposer les raisons de croire...

 

Dans son article d'ouverture, Philippe Chevallier présente loyalement le problème : "Qu'on se le dise avant de discuter des bonnes ou mauvaises raisons de croire : l'existence de Dieu, c'est-à-dire d'un être éternel à l'origine du monde, n'a jamais été une évidence." C'est ce qu'écrit aussi Roger Verneaux dans son Introduction générale à la philosophie : "Les causes premières ne sont pas évidentes. En particulier, Dieu ne l'est pas, ni quant à son existence, ni quant à sa nature ; de sorte que, avant de le contempler, POUR arriver à le contempler, des RAISONNEMENTS sont nécessaires".

 

"Penser l'existence de Dieu est une affaire sérieuse, dans la mesure où l'on peut aussi penser son absence." J'aime beaucoup cette phrase - et ce qu'elle implique. Cela dit, Tresmontant a très bien montré que l'on ne peut pas penser l'absence de Dieu (pas plus qu'on ne peut penser le néant), et que penser COMME SI Dieu n'existait pas, ce n'est pas, à proprement parler, "penser l'absence de Dieu".

 

Chevallier cite aussi Pyrrhon : "Les doctrines se contredisent, il faut donc suspendre son jugement". C'est une pensée très répandue chez nos contemporains – j'ai pu le vérifier sur le blog Totus Tuus. Mais la réponse est : Non. Il faut les examiner chacune, et évaluer leur rationalité (selon la définition qu'en donne Tresmontant). On verra alors que toutes les doctrines ne se valent pas – et qu'un certain nombre peuvent être aisément écartées.

 

On entre ensuite de plain-pied dans l'exposition des 10 raisons de croire.

 

1ère raison de croire : "Parce qu'à l'horloge il faut un horloger".  C'est certainement l'argument le plus fort – celui auquel Tresmontant consacra toute son oeuvre. L'univers existe, il est structuré mathématiquement, intelligemment ; son ordre est admirable, en même temps que sa complexité qui dépasse les possibilités de l'humain (il n'y a qu'à observer la structure de notre propre cerveau...). Il n'est pas raisonnable de penser que le néant puisse produire de l'être, ni le hasard de l'organisation complexe et géniale de manière systématique. "Il m'est arrivé de dire, et c'est vrai, que c'est la seule des trois "preuves" classiques qui me paraisse forte, la seule qui, parfois, me fasse vaciller. Pourquoi? Parce que la contingence est un abîme"... (André Comte Sponville)

 

2e raison de croire : "Parce qu'une particule porte son nom".  Le fameux boson de Higgs. C'est une raison dérivée de la 1ère : le boson de Higgs accrédite la théorie du Big Bang et l'idée selon laquelle tout ce qui existe dans l'univers a commencé d'être – est né, et a donc un âge. Rien de ce qui est, dans l'Univers, n'est éternel. Pas même les atomes – comme on l'a longtemps cru. L'Univers lui-même ne l'est pas. Et sa naissance reste un grand mystère...

 

Chevallier cite ensuite le chanoine Lemaître, qui aurait dit au Pape Pie XII au sujet de sa découverte du Big Bang :  "J'ai dit commencement, je n'ai pas dit création. Personnellement, j'estime que [la théorie du Big Bang] reste entièrement en dehors de toute question métaphysique ou religieuse". Ce propos montre assez bien que, si Lemaître était sans aucun doute un scientifique de tout premier rang, il était un bien piètre philosophe... Aucune théorie scientifique ne se trouve "en dehors" des questions métaphysiques, puisque par nature, la métaphysique porte sur la réalité physique telle que nous la présentent les sciences positives. Par ailleurs : la notion de "commencement" implique nécessairement l'idée de "création". Car tout ce qui commence d'être et qui ne préexistait pas est une création. Une chose qui commence d'être ne peut être incréée. C'est aussi simple que cela.

 

3e raison de croire : "Sinon tout est permis".  Si Dieu n'existe pas, il n'existe pas de Juge devant qui rendre compte de nos actes. Il n'est pas juste cependant de dire que sans Dieu, "tout est permis" – car il existe un ordre naturel que tout homme peut découvrir par sa raison. Pas besoin d'être croyant pour savoir qu'il est des actes qui nous détruisent – d'autres qui nous édifient. Cela est affaire d'expérience – et de vérité objective. La nécessité d'une loi morale pour grandir en humanité n'est donc pas une preuve de l'existence de Dieu – mais elle ouvre la question de l'origine fondamentale de cette mystérieuse nature existante et de son ordre immanent.

 

4e raison de croire : "Parce que le Diable existe".  Paradoxalement, le mystère du mal peut nous conduire à Dieu – car la souffrance, en un sens, nous révèle que nous ne sommes pas faits pour cette existence périssable ; que nous aspirons, au plus profond de notre être, à la vie et au bonheur sans fin. Nous "montons" vers Dieu comme le nageur qui, au fond de l'eau, "monte" vers l'oxygène pour ne pas périr noyé. Spontanément, lorsque nous sommes au fond de la souffrance, de la peur, de l'angoisse, nous prions... – comme une poussée d'Archimède spirituelle qui fait jaillir de notre âme un cri vers le ciel lorsque nous sommes plongés dans la détresse.

 

5e raison de croire : "Chaque fois que j'écoute Bach".  Il est amusant ici de relever que Claude Tresmontant compare souvent la création de l'univers à une symphonie de Bach en train d'être composée... Oui, l'expérience de la Beauté nous fait éprouver une réalité qui n'est pas de ce monde, et qui n'est pas réductible à la matière.

 

J'aime beaucoup la citation de Karl Barth :  "Je ne suis pas sûr que les anges, quand ils cherchent à glorifier Dieu, jouent de la musique de Bach. Je suis certain, en revanche, que lorsqu'ils sont entre eux, ils jouent du Mozart."  

 

6e raison de croire : "Parce que Dieu me l'a dit".  C'est le mystère de la rencontre avec Dieu, que beaucoup expérimentent. Ce sont des expériences personnelles, éminemment subjectives, et difficilement vérifiables – quoiqu'on en voit les effets quand elles transforment des vies de manière spectaculaire. Mais l'accumulation de ces expériences, elle, est un fait objectif qui pose question.

 

7e raison de croire : "Parce que nous pensons à lui".  C'est l'argument ontologique de St Anselme qui ne prouve rien, sinon les capacités de l'esprit humain à penser des réalités qui transcendent la réalité matérielle. En fait, St Anselme a surtout démontré la nature spirituelle de notre âme – ce qui est déjà bien. Mais que nous pensions à Dieu ne le fait pas nécessairement exister – pas plus que d'imaginer le PSG champion ne fait de lui le futur champion! 

 

8e raison : "Parce que je tiens à garder mes jours fériés".  C'est en effet un argument essentiel! Tous les gens deviennent étrangement pratiquants quand il s'agit de prendre leurs congés...

 

9e raison : "Parce que les livres de Michel Onfray sont vraiment trop mauvais". Un des passages les plus savoureux de ce dossier de l'Express... Le plus décisif à mon avis. 

 

10e raison : "Parce que c'est absurde". La citation que l'on prête à Tertullien est heureusement corrigée par Philippe Chevallier. Il est plus rationnel de croire (quoique cela soit mystérieux) qu'un Être éternel, intelligent et tout puissant a créé notre univers, que de penser que l'univers ait pu se faire tout seul, comme un grand, de rien jusqu'à nous et notre prodigieux cerveau. Bach et Einstein seraient le fruit conjugué du néant et du hasard aveugle? Absurde! - c'est de l'ordre du conte de fée (un conte de fée qui attribue à la nature des propriétés magiques...). Nous avons donc à choisir entre le mystère (d'une création par un Être transcendant) et l'absurde (d'une auto-création de l'univers). Le croyant croit, non parce que c'est absurde, mais parce que l'absurdité de l'absurde le conduit au mystère.

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12 février 2012 7 12 /02 /février /2012 14:16

LE POINT (Existence de Dieu)Nous poursuivons notre critique du numéro spécial du Point consacré à l'existence de Dieu - publiée simultanément sur le blog Totus Tuus.

 

Le reportage se poursuit avec un article de Catherine Golliau, "Pourquoi Dieu est tendance"... La journaliste commence par dresser le constat d'un retour en force des religions – y compris parmi les personnalités du monde médiatique qui sont nombreuses aujourd'hui à faire leur "coming out" (sic). Ce "boom" religieux ne profite pas à une religion en particulier – mais semble un phénomène général, observé partout. Conclusion de la journaliste : "Dieu est partout, mais se pratique en kit"... Et de citer de philosophe canadien Charles Taylor : "Dans une société sécularisée, la foi, y compris pour le croyant le plus inébranlable, n'est qu'une possibilité parmi d'autres". S'ensuit une ode à la liberté : "Au grand supermarché des croyances, chacun choisit ce qu'il veut (...). A chacun son Dieu." La foi religieuse devient une manière de vivre la Liberté – une nouvelle modalité d'exercice de l'autonomie de l'individu, contre tous les systèmes qui voudraient l'enfermer dans un "moule" : "Le croyant moderne est individualiste. Et libre : les dogmes et les rituels se choisissent à la carte, voire sont ignorés. N'en déplaise à Benoît XVI, un catholique pratiquant peut accepter l'avortement et utiliser des capotes..."

 

Bien entendu, le journaliste ne s'embarrasse pas de détails, et s'abstient d'expliquer que la "capote" n'est pas proscrite de manière absolue et sans discernement dans tous les cas par l'Eglise, ni que le "catholique pratiquant" qui "accepte l'avortement" cesse, par le fait même, d'être catholique... Et l'on ne peut attendre d'un tel article "grand public" une réflexion de fond sur le péché de l'homme – et la division qui règne en lui, en sa condition présente, entre ce qu'il veut – et que sa raison lui commande – et ce qu'il fait – mû par ses passions mauvaises ; ni sur la miséricorde divine, qui est de toujours à toujours, et qui restaure en l'homme ce que le péché a brisé. Ce que Catherine Golliau cherche ici à démontrer, c'est que la religiosité humaine livrée à elle-même est une bonne chose – un excellent rempart contre tous les dogmatismes et tous les fanatismes... "Personne ne détient la vérité, dira plus loin le peintre Gérard Garouste. Dingue est celui qui dit 'Je l'ai trouvée'." C'est effectivement le message subliminal de l'ensemble du reportage. L'explosion tous azimut du sentiment religieux interdit de penser qu'il existe UNE vérité. Ce serait folie – et intolérance – que de le penser ; que de le professer. Comme l'affirme le rappeur musulman Abd Al Malik : "Il n'y a qu'un seul Dieu, bien qu'il y ait plusieurs religions. A chacun de choisir le véhicule qu'il considère lui correspondre pour aller vers Lui."

 

Catherine Golliau tempère, à la fin de son article, cette dernière appréciation dans ce qu'elle peut avoir de trop catégorique quant à l'affirmation de l'existence d'un Dieu unique. "Dans cette quête de Dieu qui affecte aujourd'hui nos sociétés, certains préfèrent au Dieu des religions constituées ce sentiment océanique (sic) qu'évoquait, dans les années 20, l'écrivain Romain Rolland - "le fait simple et direct de la sensation de l'éternel". Spiritualité diffuse et englobante, sans crédo ni livre sacré, mais qui assure à l'homme le sentiment rassurant que la vie a quand même un sens." Un parfait compromis, en somme, entre la croyance religieuse (dans ce qu'elle peut avoir de bon pour l'homme – des scientifiques en témoigneront plus loin) et l'athéisme (qui est la vérité présupposée, érigée... en dogme). "En ces années d'inquiétude où la crise, économique et morale, remet en question de nombreuses valeurs, où l'homme s'interroge sur son mode de vie, son rapport à la nature, mais aussi aux autres, la spiritualité revient en force et, contrairement à ce que certains redoutent, pas forcément munie d'un révolver. S'appelle-t-elle toujours Dieu? Là est la question." Une conclusion que l'on ne pourra s'empêcher de trouver très... maçonnique.

 

En lisant un tel article, on se prend à penser que le principal danger aujourd'hui n'est plus l'athéisme (qui est philosophiquement mort), mais l'explosion tous azimuts du sentiment religieux, avec les graves problèmes qu'elle engendre (phénomène des sectes, montée des fondamentalismes, essor des pratiques spirites et occultes...) Cela n'en rend que plus urgent la découverte, par le plus grand nombre, des oeuvres de Claude Tresmontant qui nous donnent l'antidote pour éviter de tomber du Charybde de l'athéisme au Scylla du relativisme religieux.

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29 janvier 2012 7 29 /01 /janvier /2012 00:00

 

LE POINT (Existence de Dieu)Nous poursuivons notre critique du numéro spécial du Point consacré à l’existence de Dieu - publiée simultanément sur le blog Totus Tuus.

 

A l'instar de l'éditorial de Franz-Olivier Giesbert, l'article de Jean d'Ormesson commence plutôt bien : "Dieu n'est pas seulement le rêve le plus grand et le plus beau qui ait jamais hanté l'esprit des hommes. Il est peut être la seule réalité, celle auprès de qui l'Histoire, l'existence, l'Univers, l'espace et le temps, vous et moi et tout le reste ne sont qu'un brouillard qui se dissipe, un cauchemar passager, une illusion, un néant. Il est l'origine de tout, la cause de tout, le but final et l'explication dernière. Il ne tolère ni discussion, aucune hésitation, pas la moindre réserve. Il est toutes les réponses et ne pose aucune question." On peut ne pas être d'accord avec toutes ces formules, mais la transcendance de Dieu est ici exaltée – ainsi que son absoluité.

 

"Il est toutes les réponses et ne pose aucune question. Sauf une (poursuit d'Ormesson) : existe-t-il?" C'est en effet la première question. Il ne faut pas la minimiser ni la mépriser. Car Dieu n'est pas évident. Il ne l'est "ni quant à son existence ni quant à sa nature ; de sorte que, avant de le contempler, pour arriver à le contempler, des raisonnements sont nécessaires." [1]

 

D'Ormesson narre ensuite la genèse de l'idée de Dieu dans l'humanité jusque vers "le début du siècle écoulé", et constate qu'après 19 siècles de domination sans partage de Dieu (ou du moins de l'idée de Dieu) "qui régnait en souverain absolu (...), la science prend le pouvoir et l'emporte sur l'Eglise, sur l'armée, sur les politiques ; Dieu est mis en question." D'Ormesson exacerbe la tension entre "Dieu" et la science, en considérant que "Dieu mène contre la science triomphante un combat d'arrière-garde"... Il est dommage ici que d'Ormesson, qui commençait son article par un hommage à l'absolue transcendance de Dieu, ne l'ait pas situé au dessus de toutes ces contingences historiques... Cela dit, son exposé, pour aussi rapide et caricatural qu'il soit (qui s'explique sans doute par le format d'un bref article dans une revue grand public), n'est pas complètement faux.

 

La suite est franchement décevante. "On ne se donnera pas ici le ridicule d'entrer dans le grand débat POUR ou CONTRE son existence auquel tant de grands esprits, de Platon et Saint Augustin à Spinoza et Leibniz, de Jaspers et Teilhard de Chardin à Jacques Monod et François Jacob, ont donné tant d'éclat". Cela part sans doute d'un bon sentiment de la part de l'auteur – qui ne se sent pas de la dimension des penseurs précités pour entrer lui-même dans la mêlée. Il n'empêche… on serait en droit d'attendre d'un reportage portant sur "les questions et réponses sur l'existence de Dieu" un exposé loyal et objectif des diverses positions exprimées sur le sujet – une entrée, précisément, dans le débat. Au lieu de quoi, l'auteur nous livre un tableau de 8 lignes et 2 colonnes POUR et CONTRE censé résumer les arguments des partisans et détracteurs de l'existence de Dieu  mais qui trahit surtout sa méconnaissance des termes actuels de la discussion.

 

d'Ormesson

 

POUR : Le Big Bang créateur de l'espace et du temps.

CONTRE : Le Big Bang se produisant dans le temps.

 

Pour d'Ormesson, si le Big Bang est à l'origine du temps et de l'espace – et si ceux-ci n'existaient pas "avant" –, ce serait un argument fort en faveur de l'existence d’un Dieu créateur. D'Ormesson ne croit donc pas en la génération spontanée de l'univers – sur ce point, il est rationnel. Comme tous les grands philosophes de l'Histoire de la pensée (à quelques rares exceptions), il considère que le temps et l'espace n’ont pu jaillir du néant absolu ; et que s'ils sont venus à l'existence, c'est qu'ils le doivent à un autre Être existant qui, Lui, est en dehors du temps et de l'espace ; au-delà de l’Univers physique et matériel.

 

Le CONTRE en revanche est contestable. Car même à supposer qu'il y ait eu du temps et de l'espace avant le Big Bang – ce que la science réfute aujourd'hui – cela ne démontrerait pas que Dieu n'existe pas (l'éternité du temps pouvant être un corollaire de l'éternité de Dieu). Il faudrait encore rendre compte des étonnantes propriétés de l’univers connu (le nôtre) – caractérisé par une succession de créations se manifestant dans une évolution irrésistiblement orientée vers la complexité, jusqu’au seuil critique de l’apparition de la vie puis de la pensée, tout cela à partir d'un point 0 et avec la seule matière (qui n'existait pas au point 0…). Comme disait Tresmontant : on aurait tort de se focaliser sur le seul Big Bang, comme si cette première "création" était la seule dans l’Histoire de l’univers. Il faut aussi considérer l’apparition continue, tout au long de l’Histoire de l’univers, d’informations nouvelles qui ne pré-existaient en aucune manière et qui ont surgit "spontanément" au fil du temps – ce que Bergson appelait la "création continue d’imprévisible nouveauté".

 

POUR : Une certaine idée de la transcendance.

CONTRE : Les progrès de la science, l'évolution, le transformisme.

 

Autrement dit : l'idée contre les faits. Là, d'Ormesson a clairement un siècle de retard – sa présentation est surannée dans les largeurs. Les progrès de la science accréditent plus que jamais l'existence de Dieu, puisque les thèses de l'éternité de la matière et du hasard ne sont plus recevables aujourd'hui. Dieu est donc plus nécessaire aujourd’hui que jamais.

 

Quant à l'évolution, nous dit Tresmontant, elle "n'est pas un principe d'explication – elle est ce qu'il s'agit d'expliquer". Elle est la création en train de se faire.

 

POUR : La tradition, une intime conviction.

CONTRE : La raison. La régression à l'infini exigée par la notion de Dieu.

 

Autrement dit : la subjectivité irrationnelle et mécanique contre l'objectivité rationnelle. Affligeant... Où l'on se prend à regretter que d'Ormesson n'ait pas lu une ligne de Claude Tresmontant... C'est précisément la raison qui postule l'idée d'un Être transcendant, éternel et absolu – un Être nécessaire qui ne doit son existence à rien ni à personne. Car le néant ne peut être absolument premier. S'il y a de l'être, c'est que de l'être a toujours existé – car autrement, cela reviendrait à affirmer la primauté du néant sur toute chose, ce qui n'est pas une pensée rationnelle. Entre le néant et l’Être, la raison tend vers l’Être. Or, cet Être ne peut être l'Univers – puisqu'il n'est pas éternel, et que ses caractéristiques ne sont pas celles d'un Être auto-suffisant. Dès lors : nous pouvons savoir avec certitude par la raison qu'il existe un autre Être que l'Univers, qui existe de toute éternité, qui est incréé, et qui donne à l'Univers d'exister. Cet Univers évoluant par ailleurs dans un sens déterminé (celui de la complexité croissante jusqu'à l'apparition de la vie et de la pensée) ; et la matière étant structurée de manière mathématique (donc : intelligente) ; nous pouvons entrevoir l'existence d'une Intelligence organisatrice à l'oeuvre conduisant l'évolution jusqu'à son terme, et communiquant à l'Univers les informations nouvelles dont il a besoin (et qu'il ne peut se donner lui-même) pour franchir chaque nouvelle étape de son développement.

 

POUR : Le réglage d'une précision inouïe observé dans l'Univers.

CONTRE : Le jeu du hasard et de la nécessité.

 

Reconnaissons que l'objection du hasard est devenue inoffensive – maintenant que nous connaissons l'Histoire de l'univers (qui rétrécit considérablement le champ des possibles) et l'abîme de complexité de la plus petite cellule vivante.

 

POUR : Un Univers ayant un début et une fin.

CONTRE : Des multiunivers se succédant en accordéon.

 

Cette dernière thèse étant un pur roman, sans le moindre fondement dans la réalité objective...

 

POUR : La dignité de l'homme mêlée à sa misère.

CONTRE : La misère de l'homme mêlée à sa grandeur.

 

C'est la seule objection recevable du point de vue de la raison. L’objection du mal. Comment croire en l’existence de Dieu dans un monde aussi profondément marqué par le mal (guerres, génocides, maladies, handicaps,…) ? Comment Dieu, le Créateur souverainement puissant et intelligent que nous découvre la raison, a-t-il pu créer un tel monde – théâtre de tant d’horreurs ?

 

Pour recevoir une lumière sur ce grand mystère, il faut écouter ce que Dieu lui-même nous en dit. Car s’il en est un qui peut nous dire ce qui ne "fonctionne" pas dans la Création, c’est bien le Créateur lui-même ! Cela suppose évidemment que l'on ait préalablement résolu la question de son existence. Tresmontant fait remarquer à ce sujet que la question du mal renvoie immanquablement au mystère du bien ; que celui-ci est premier, quoiqu’on en dise. Qu'est-ce que le mal en effet, sinon la privation d'un bien? (la mort : la privation de la vie... la maladie : la privation de la santé... la servitude : la privation de la liberté...). En rigueur de terme, le mal n’existe pas – il n’est pas un être, mais un défaut d’être, un manque d’être, un mal être. Ce qui existe, c’est le bien. La question du bien doit donc être traitée en premier, et c'est elle qui nous conduit irrésistiblement à Dieu – à son existence. La question du mal vient après. Elle ne remet pas en cause l’existence de Dieu (démontrée à partir du bien qui est premier), mais toute tentative d’explication du mal sans Dieu. Pour savoir pourquoi il y a du mal dans le monde, il faut interroger le Créateur et accueillir sa réponse. Il faut donc s’intéresser de près à la notion de "révélation", ainsi qu’à son contenu.

 

POUR : L'esprit humain seul capable d'essayer de comprendre l'Univers.

CONTRE : L'existence statistiquement inéluctable d'autres intelligences dans l'Univers".

 

D'abord, on ne voit pas pourquoi l'existence d'autres intelligences dans l'Univers serait un obstacle à l'existence de Dieu. Dieu n'aurait pas le droit de créer d'autres êtres ailleurs que sur la terre? Ensuite, statistiquement, il est douteux que d'autres intelligences existent dans l'Univers – car les conditions pour qu'elles existent sont si nombreuses qu'il est hautement improbable de les trouver toutes réunies ensemble ailleurs (compte tenu, finalement, de la "petitesse" de notre univers – qui n'est pas le Cosmos infini imaginé par nos Anciens, mais un espace fini et limité). Et quand bien même les statistiques seraient favorables, on ne sait toujours pas d'où vient la vie. On sait quelles sont les conditions nécessaires à son émergence – on ne sait pas si ces conditions sont suffisantes. On n'a toujours pas réussi à "fabriquer" de la vie en laboratoire à partir de la matière inerte (même en maximisant les chances)... La vie relève davantage du "miracle" et du "mystère" que d'un simple processus physico-chimique. Dès lors : quand bien même nous découvririons une autre planète terre quelque part dans l’Univers, rien ne dit que l'on y trouverait de la vie – et encore moins de "l'intelligence"...

 

POUR : La résignation ou mystère.

CONTRE : La résignation à l'absurde.

 

C'est en effet ici que tout se joue. Il y a un choix fondamental à faire – on ne peut y échapper. OU BIEN Dieu existe, et nous devons consentir au mystère – admettre qu'il existe une Vérité au-delà de notre Raison. OU BIEN Dieu n'existe pas et nous devons consentir à l’absurde – admettre qu’il existe des vérités contraires à la Raison.

 

Mais comme disait avec grande sagesse Jean Guiton, dans une inspiration pascalienne : "L'absurdité de l'absurde me conduit au mystère"...



[1] Roger Verneaux, in Introduction générale et logique, Editions Beauchesne 1997, p. 16

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15 janvier 2012 7 15 /01 /janvier /2012 11:58

LE POINT (Existence de Dieu)Nous commençons ici notre critique du numéro spécial du Point consacré à l’existence de Dieu - publiée simultanément sur le blog Totus Tuus

 

L'éditorial de Franz-Olivier Giesberg donne le "la"... Il commence bien pourtant, lorsqu'il affirme : "C'est un fait : on sent ou voit souvent le Tout Puissant là-haut, notamment par une nuit étoilée, quand, devant la beauté de la nature, quelque chose nous transcende." Cela me fait irrésistiblement penser à cette parole d'Abraham Lincoln : "J'arrive à comprendre qu'il soit possible de regarder la terre et d'être athée. Mais je ne comprends pas qu'on puisse lever la nuit les yeux sur le ciel et dire qu'il n'y a pas de Dieu."

 

Après, ça se gâte : "Dieu n'est pas scientifiquement prouvé et on peut se demander s'il le sera un jour." Non Franz-Olivier, ça, on ne peut pas se le demander. La question de Dieu n'est pas une question scientifique. La science est INCAPABLE de dire quoi que ce soit sur Dieu – POUR ou CONTRE son existence. Non en raison de l’insuffisance de ses connaissances. Mais parce que tel n’est pas son objet. Le scientifique sortirait du champ de la science à vouloir statuer sur cette importante question (ce qu’il peut légitimement faire, bien sûr, mais pas en tant que scientifique).

 

L’objet de la science est de scruter la réalité matérielle, et elle seule (d’appréhender seulement ce qui est observable et calculable) – pas de réfléchir sur la question de savoir si la matière est la seule réalité existante ; cette dernière question est d’ordre métaphysique.

 

Bien entendu, la métaphysique est une science – en ce sens qu’elle est une "connaissance par les causes" (ce qui est la définition de la science, selon Aristote). Mais en cette acception, il ne faut pas dire que "Dieu n’est pas scientifiquement prouvé", puisque de fait, il l’est. Et les découvertes scientifiques du siècle passé ont considérablement renforcé les preuves métaphysiques établies par la philosophie réaliste de Saint Thomas d’Aquin, réactualisée de manière magistrale au siècle passé par Claude Tresmontant ou Marie-Dominique Philippe (au sujet desquels le reportage du Point ne pipe mot…)

 

FOG 

Blaise Pascal est désigné ensuite "puits de contradiction"... parce qu'il passe "sans cesse de la foi à la raison et inversement"... comme s'il y avait contradiction à passer de l'un à l'autre ! Rappelons que la foi et la raison ne s’opposent pas, mais se répondent l’une l’autre et s’éclairent réciproquement. La foi présuppose la raison (la connaissance rationnelle de Celui à qui l’on donne sa foi – de son existence et de sa nature) ; elle est un mode de connaissance de vérités, certes indémontrables (c’est pourquoi elles sont révélées), mais non inintelligibles : la raison cherche à comprendre les vérités accueillies par la foi – c’est là l’essence même de la théologie. Ce qui est objet de foi peut être pensé par la raison (par ex. la Trinité).

 

Autrement dit : si la raison doit se soumettre à la foi – en vertu même des exigences de la raison, selon la pensée de Pascal [1] –, elle ne doit nullement se démettre. Ni en amont – où elle est fondée à rechercher les preuves rationnelles de l’existence de Dieu et de l’authenticité de la révélation divine ; ni en aval – où elle est fondée à mieux comprendre le donné révélé. Pour reprendre l’admirable formule de Saint Augustin : le théologien croit pour comprendre et comprend pour croire.

 

"Alors que s'agrandit sans cesse le champ de nos connaissances, un domaine reste inaccessible à la science, celui de la foi, où nous demeurons libres d'inventer notre propre vérité. C'est le dernier domaine où nous pouvons dire (ou croire) ce que nous voulons sans crainte d'être démenti par les faits." Franz-Olivier Giesberg gagnerait vraiment à lire les BD de Brunor... Si l'on entend par "foi" toute conviction religieuse, alors si : nous pouvons être démentis par les faits. Par exemple : ceux qui professent l'éternité de l'univers, la divinité des astres, le mythe de l'éternel retour,... ceux-là sont démentis par les faits. Ce en quoi ils croient ne trouve aucun écho dans la réalité concrète que nous expérimentons. La raison nous conduit donc à les tenir pour faux.

 

La foi ne consiste pas à "croire" en n'importe quoi, selon mes désirs et ma volonté – elle n'est pas un lieu "d'invention", mais au contraire : d'humble accueil de la vérité qui se donne à connaître. La foi est la démarche ultime de la raison qui se soumet à Dieu – dont elle peut connaître avec certitude l'existence et quelque chose de son essence, à partir de la considération de l'univers tel qu'il existe et tel que les sciences positives nous le dévoilent ; et dont elle peut vérifier l'authenticité de la "révélation" faite à Abraham et au peuple hébreu, et son accomplissement plénier en Jésus-Christ.

 

La foi est donc une démarche "contrainte" par la vérité observée, laquelle ne dépend nullement de mes préférences, mais s'impose à moi dans son objectivité. Je peux certes la refuser (je reste libre face à cette "contrainte") mais non pas l’ignorer. Car elle se présente à moi sous la forme d’une proposition inévitable en raison de son caractère suprêmement raisonnable.

 

Si nous ne pouvons nous "passer" de Dieu – comme le constate Franz-Olivier Giesberg à la fin de son article –, c'est parce que Dieu est profondément enraciné dans notre raison, et que pour l'en déloger, il faudrait que l'homme perde la raison. Dès lors, tant qu'il y aura des hommes, la question de Dieu s'imposera – car il n'existe, à la vérité, aucune alternative rationnelle à son existence. 

 


[1] "Il n’y a rien de si conforme à la Raison que ce désavoeu de la Raison (...). La dernière démarche de la Raison est de reconnaître qu’il y a une infinité de choses qui la surpassent : elle n’est que faible si elle ne va pas jusqu’à connaître cela" (Pascal).

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7 janvier 2012 6 07 /01 /janvier /2012 11:28

Je crée ce jour une nouvelle rubrique intitulée "Critiques".

 

J'entends critique ici non au sens d'"avis négatif" - qui est devenu le sens courant - (même si bien entendu, je me réserve aussi d'être critique en ce sens là), mais au sens neutre de "l'art de juger les oeuvres de l'esprit".

 

Il s'agira de réfléchir sur tel ouvrage, tel article de presse, tel film peut-être aussi... et de les évaluer à l'aune de la pensée, de la doctrine, de la philosophie de Claude Tresmontant.

 

Nous essaierons d'imaginer comment Claude Tresmontant aurait réagi face à telle production. Nous vérifierons la pertinence de ses analyses en les confrontant aux modes de pensée actuels, tels qu'ils s'expriment dans les différents médias existants.

 

Nous inaugurerons cette nouvelle rubrique dans les tous prochains jours, avec une critique de fond du numéro de fin d'année du Point, consacré aux "questions et réponses sur l'existence de Dieu".

 

La critique est en cours de rédaction sur le groupe Facebook Claude Tresmontant. Vous êtes invités, si vous le souhaitez, à participer à la discussion, soit sur Facebook, soit sur ce blog en réagissant aux articles publiés, soit encore sur le blog Totus Tuus, sur lequel paraîtront simultanément les articles concernés. 

 

Cette critique va nous prendre plusieurs semaines, car le reportage du Point est assez dense [1]. Mais elle va nous permettre de situer la pensée du monde contemporain sur cette question fondamentale de l'existence de Dieu, et d'apprécier par contraste la valeur de la doctrine de Claude Tresmontant - de comprendre quelle contribution cette doctrine peut apporter au monde actuel, et l'importance, l'urgence, de la faire connaître.

 

Il n'est plus possible aujourd'hui de traiter d'un tel sujet (l'existence de Dieu) sans faire la moindre référence à l'oeuvre métaphysique (accessible à la compréhension au grand public) de Claude Tresmontant [2] - pour une revue comme le Point qui se veut sérieuse et bien documentée, c'est de l'ordre de la faute professionnelle. Nous nous efforcerons donc, avec nos humbles moyens, de rendre justice au cher Professeur en lui permettant, par notre "voix", de répondre aux "docteurs" de ce monde, et de proposer une alternative authentiquement rationnelle à la pensée dominante - qui l'est de moins en moins...

 

Vous êtes, chers lecteurs, conviés à faire vivre cette rubrique. Si vous avez une réaction que vous souhaiteriez partager sur telle oeuvre de votre connaissance, vous pouvez me soumettre un projet d'article que je publierais volontiers sous le nom que vous voudrez (le vôtre, ou un pseudonyme). 

 


[1] A un internaute qui m'objectait : "On peut se demande si ça vaut la peine de donner tant d'importance à ce numéro...", je répondais : "Ca vaut toujours la peine de remettre les idées à l'endroit quand elles sont à l'envers! - d'autant que l'on y retrouve tous les poncifs à la mode auxquels il m'apparaît important de répondre. Et l'on est là de surcroît sur un terrain privilégié de la pensée de Claude Tresmontant - c'est donc une excellente occasion de la faire connaître."
[2] Voici le texte du "statut" que je publiais sur le groupe Facebook pour lancer la discussion sur le reportage du Point : "Avez-vous lu le dernier numéro du Point consacré aux 'questions et réponses sur l'existence de Dieu'? Atterrant... Pas un mot naturellement sur Claude Tresmontant (sa pensée, son oeuvre...) - il n'existe tout simplement pas - ni sur l'un quelconque de ses brillants disciples - comme le dessinateur de BD chrétienne Brunor, pourtant d'actualité avec son dernier album "Le hasard n'écrit pas de message". Il est vraiment temps que cela change, et que le cher Professeur soit enfin connu (et reconnu) pour son apport philosophique sur la question de Dieu - et sa réfutation métaphysique de l'athéisme." Cf. notre article du 18 juin 2011, Un auteur méconnu
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