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15 avril 2012 7 15 /04 /avril /2012 17:16

Arnaud Dumouch, professeur de religion et de théologie catholique en Belgique, nous introduit, dans une admirable série de clips, à la philosophie réaliste héritée d'Aristote et de Saint Thomas d'Aquin - tradition dans laquelle notre cher Professeur, Claude Tresmontant, s'inscrit résolument. Il nous livre ainsi les clefs pour comprendre les rouages de la pensée de Claude Tresmontant.

 

Dans cette quatrième vidéo, Arnaud Dumouch nous parle du moteur de la philosophie, qui est l'admiration devant le réel.

 

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9 avril 2012 1 09 /04 /avril /2012 00:00

L'un des grands pontes de la méthode déductive, le philosophe allemand Emmanuel Kant, estime que l'esprit humain peut concevoir a priori toutes les choses possibles - et donc toutes les choses existantes, puisque seules peuvent exister les choses possibles.

 

Nous avons vu dernièrement que cette idée était fausse [1] : que l'esprit humain ne peut déduire de son seul raisonnement le champ des possibles ; que celui-ci nous est découvert par l'expérience ; et que bien des choses qui nous paraissaient impossibles à un moment donné se sont avérées possibles plus tard, du fait du progrès de nos connaissances.

 

L'erreur fondamentale de Kant consiste à penser que l'idée du possible jaillit spontanément dans l'esprit du philosophe, sans aucun recours à aucune donnée extérieure. Rappelons-nous que, pour le philosophe allemand, la nature est une matière brute, un chaos indéterminé - qu'elle n'est pas informée [2]. Puisqu'elle n'est pas informée, elle n'a rien à nous apprendre - aucune information à nous communiquer. C'est au contraire l'esprit humain, raisonnant en lui-même, qui insuffle de l'information à la matière brute et lui donne sa forme intelligible.

 

Autrement dit : pour Kant, la source ultime de toute information et de toute connaissance réside dans la Raison du philosophe, non dans le réel objectif exploré scientifiquement, qui ne peut rien y ajouter. Selon lui, l'existence n'est pas un prédicat ("Das dasein ist gar kein Prädikat") [3] : elle n'apporte rien de plus à la connaissance des êtres conçus comme possibles - elle ne change rien à leur essence.

 

Prenez Jules César, nous dit Kant. Considérez-le en tous ses aspects, en toutes ses déterminations, y compris celles de temps, d'histoire, de géographie... qui le caractérisent. Vous obtiendrez un "Jules César" qui peut tout aussi bien exister et ne pas exister. Il est ainsi une infinité de choses que nous considérons comme possibles, mais qui n'existent pas. Si celles-ci viennent à exister, elles ne reçoivent rien de plus que ce que nous pouvions connaître d'elles en leur possibilité, avec toutes leurs déterminations. Aucun prédicat ne leur manquait - et l'existence n'apporte rien de plus à la connaissance des choses que nous ne savions déjà par la pensée rationnelle.

 

Pour réfuter cette assertion, Claude Tresmontant prend le philosophe allemand au mot [4] : "Obéissons et faisons ce que dit Kant. Prenons ce brave Jules César et tentons d'énumérer tous ses prédicats, tout ce qu'on peut dire de lui : ce fut un homme, pourvu de telle anatomie, telle physiologie, telle biochimie, telle neuro-physiologie ; ce fut un italien ; ce fut un militaire, etc. ; ce fut un grand écrivain, etc. Il a vécu à telle époque, il a parcouru telles régions, etc.

 

"Kant nous dit : rassemblez toutes ces déterminations et vous allez bientôt comprendre qu'avec toutes ces déterminations, il peut exister ou ne pas exister!

 

"En réalité, l'idée que nous nous faisons de Jules César, d'après tous les documents et les monuments que nous pouvons étudier, cette idée qui est la nôtre, plus ou moins exacte, plus ou moins incomplète, est tirée d'un homme qui a existé! (...) Et par conséquent, l'existence faisait bien partie des déterminations concrètes de cet homme existant, puisque Jules César n'était pas un mythe. Nous sommes partis de Jules César existant pour nous en faire une idée, et l'existence faisait bien partie des déterminations ou des caractères de Jules César existant. Nous n'avons pas à nous demander si, avec toutes ces déterminations, sauf celle de l'existence, Jules César peut exister, ou ne pas exister. Nous savons (...) qu'il a existé (...). L'existence ne se surajoute pas au Jules César possible, au concept de Jules César, à l'idée de Jules César. Parce qu'en réalité, l'idée que nous nous faisons de Jules César est tirée de Jules César existant!

 

"Kant a commencé par transformer ce brave Jules César existant en Jules César purement possible, et ensuite il conclut qu'il ne manque rien à l'idée de Jules César si on ne lui accorde pas l'existence!

 

"S'il n'y avait pas eu de Jules César, si Jules César n'avait pas existé, nous n'en aurions aucune idée, parce que notre idée de Jules César est tirée de Jules César qui a existé (...).

 

"Kant transforme par l'imagination un être réel, qui a été réel, Jules César, en pur possible, et ensuite il se demande comment l'existence a été surajoutée à ce pur possible. Il suppose donc que Jules César possible précède, dans le monde des idées pures, Jules César réel. En réalité, l'idée que nous pouvons nous faire d'un Jules César possible, est postérieure au Jules César qui a réellement existé, et tout ce que nous mettons dans notre idée du possible Jules César, nous l'avons emprunté à celui qui a été Jules César existant."

 

Comme l'écrivait Henri Bergson, dans son ouvrage Le Possible et le Réel [5] : "Au fond des doctrines qui méconnaissent la nouveauté radicale de chaque moment de l'évolution... il y a surtout l'idée que (...) la possibilité des choses précède leur existence. Elles seraient ainsi représentables par avance ; elles pourraient être pensées avant d'être réalisées. Mais c'est l'inverse qui est la vérité... Car le possible n'est que le réel avec, en plus, un acte de l'esprit qui en rejette l'image dans le passé une fois qu'il s'est produit..." 

 


[1] Cf. notre article du 21 janvier 2012, Du possible au réel?

[2] Cf. notre article du 27 novembre 2011, 3e présupposé de la méthode déductive : La nature n'est pas informée 

[3] Emmanuel Kant, in "Le seul et unique fondement possible d'une démonstration de l'existence de Dieu", Insel Verlag, I, p. 630, cité par Claude Tresmontant in Les métaphysiques principales, François-Xavier de Guibert 1995, p. 290.

[4] Claude Tresmontant in Les métaphysiques principales, op. cit., p. 291-292.

[5] Henri Bergson, in "Le Possible et le réel, la Pensée et le Mouvant", p. 109, cité par Claude Tresmontant in Les métaphysiques principales, op. cit., p. 292-293. 

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7 avril 2012 6 07 /04 /avril /2012 20:28

"L'homme fait de la métaphysique comme il respire,

sans le vouloir et surtout sans s'en douter la plupart du temps."

 

(Emile MEYERSON).

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5 avril 2012 4 05 /04 /avril /2012 12:00

Chers amis,

 

En exclusivité absolue sur ce blog, voici la 9e partie d'une interview audio donnée par Claude Tresmontant en décembre 1996, quatre mois seulement avant sa mort.

 

Interrogé par Jérôme Dufrien - qui nous a fait l'honneur et la grâce de nous confier la diffusion de ce document exceptionnel -, Claude Tresmontant revient sur les grands thèmes de son oeuvre.

 

Dans ce nouvel extrait que nous publions aujourd'hui, Claude Tresmontant nous parle du déterminisme.

      

 

Dans le prochain extrait que nous publierons le 5 mai prochain, Claude Tresmontant nous dira un mot du Pape Jean-Paul II.

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1 avril 2012 7 01 /04 /avril /2012 19:15

Essai sur la connaissance de DieuParu en 1958, Essai sur la connaissance de Dieu (214 pages) est une étude pour le moins ambitieuse qui « n'est pas sans comporter aux yeux de la philosophie du siècle quelque ridicule » (p. 8) puisqu’elle entend fournir des réponses claires à la question métaphysique classique centrée sur l’existence de Dieu.

 

Si l’essai compte parmi les plus riches du métaphysicien, son exigence première reste indéfectible : « Nous demanderons seulement deux choses : l'exercice de la raison, et l'expérience. » (p. 9)

 

De même, le lecteur idéal n’a pas changé : « Un homme pour qui le monde extérieur compte. Un solide rationaliste « matérialiste » et scientiste. Tel est notre interlocuteur préféré. Nous ne pouvons entreprendre un dialogue avec un schizophrène, qui met en doute l'existence du monde extérieur, l'existence de son propre corps, l'existence de tout, et même de sa raison. » (p. 10)

 

La catastrophe Kant

 

Le 23 avril 1997, peu avant sa mort, Claude Tresmontant s’entretenait sur Radio Notre Dame en présentant la pensée de Kant comme une "catastrophe", très exactement aux antipodes du judaïsme et de l’Eglise de Rome.

 

Ces mots sont durs si l’on oublie la déconstruction implacable de la philosophie kantienne que Tresmontant a souvent opérée tout au long de ses essais, comme c’est le cas ici. D’ailleurs, jamais il ne sera aussi minutieux à son égard.

 

La première partie met l’accent sur « la connaissance de Dieu à partir du monde, abstraction faite du phénomène Israël. »

 

Avec Bergson, il saisit l'occasion de souligner combien le néant que l’on entend partout ne se voit, en réalité, nulle part :

 

« Bergson, dans des analyses célèbres, a montré que non seulement le néant était impensable, mais qu'il était impensé. Nous ne pensons jamais le néant, et le mot néant ne recouvre aucune pensée. Il y a toujours de l'être dans notre pensée du néant, au moins l'être du sujet qui, par la pensée, annihile toutes choses. » (p. 21)

 

Cette pseudo-idée du néant est un point d’ancrage qui lui permet d’approcher l’a priori de Kant sur la raison, axe déterminant de sa déconstruction, laquelle vise à relever les présupposés de la critique kantienne :

 

« Cette pensée qui me vient, et qui est mienne, elle me vient, certes, « elle monte à mon cœur » comme disent les Hébreux mais je ne puis dire légitimement que j'en sois le créateur absolu ; la pensée qui me vient est aussi un don, un don auquel je coopère, un don qui est le fruit de moi-même conçu au plus profond de moi-même, mais cependant un don comme moi-même, car de moi, de ce je, je ne suis pas le créateur. Je suis à moi-même un don. » (p. 28)

 

En définitive, la méthode de Kant réduit la raison à un organon autonome, lui-même restreint à un strict usage empirique et incapable de transcender l’ordre expérimental. Kant ne cherche jamais à savoir si l’âme est créée ou incréée. Il met la question entre parenthèses. Même s’il lui reproche de faire de la raison humaine une « machine dont on puisse démonter les pièces une par une, et dont on puisse mesurer le pouvoir » (p. 45) Tresmontant admet que son doute méthodique est fécond si et seulement si ce dernier reconnaît ne pas être son propre créateur, auquel cas il se condamnerait à une neutralité totalement déconnectée des exigences de la pensée elle-même, rattachée à l’identité, c’est-à-dire, en dernière instance, à l’être avec tout ce qu’il implique dans son inachèvement. Or, c’est bien ce qui pose problème ici. La critique kantienne est fondée sur « sur une séparation factice et non critiquée entre l’esprit connaissant et l’être. » (p. 73)

 

De plus, si l’agnosticisme est méthodologique « cohérent, valable, utile » (p. 54), Tresmontant montre qu’on ne suspend pas à proprement dit son jugement, en sorte que l’agnosticisme ne peut être que méthodologique, jamais ontologique, sauf peut-être dans la philosophie de l’absurde ; comme l’écrit Meyerson : « L'homme fait de la métaphysique comme il respire, sans le vouloir et surtout sans s'en douter la plupart du temps. » (De l'explication dans les sciences)

 

De fait, l’être n’est pas réservé à l’homme et « l'univers, comme nous-mêmes, est incapable de rendre compte de son existence. Il est, c'est un fait, mais c'est un fait qui n'a pas en soi sa justification. Si on objecte qu'il n'y a pas à chercher la justification ontologique de ce fait, mais qu'il suffit de la constater, je réponds que par là on renonce à l'exercice de l'intelligence dans sa démarche métaphysique. » (p. 82/83)

 

Sans se contenter de répondre à Kant, Tresmontant engage de nouvelles perspectives pour penser la raison elle-même. La pensée n’est pas un acte solitaire.

 

« La critique kantienne pose le problème de la connaissance dans une problématique, une hypothèse, de solitude. Rien d'étonnant à ce qu'elle ne puisse sortir de cette solitude primitivement posée. » (p. 195)

 

Il rejoint les observations d’André de Muralt ; dans son monumental ouvrage L’unité de la philosophie politique – de Scot, Occam et Suarez au libéralisme contemporain, il révèle cette tradition occamienne présente aussi chez Kant, selon laquelle la raison serait une potentia ordinata Dei, souvenir du volontarisme scotiste : la volonté est soumise à la loi morale a priori, limitée sinon aliénée à elle-même.

 

Quoi qu’il en soit, « la connaissance, pas plus que l'existence et la vie, n'est l'acte de l'homme seul, car l'homme n'est pas incréé. » (p. 196)

 

Le « geste » marxiste

 

Pour définir les réflexes psychologiques de chaque métaphysique, Tresmontant préférait utiliser le mot "geste" ; en effet, on retrouve dans des milieux totalement différents du globe une métaphysique qui ressemble à une autre, lesquelles sont toutes traversées par un "geste". C’est le cas pour la "métaphysique" marxiste dont on parle trop peu et qui renferme pourtant toute son approche du réel. Quand bien même elle fut la philosophie à la mode de son époque, Tresmontant demeure intransigeant à son égard :

 

« Marx et Engels sont partis des présupposés de la métaphysique de l'idéalisme allemand, et ont évacué la doctrine de l'aliénation et du devenir de l'Absolu. Ils ont reporté la doctrine de l'aliénation du plan métaphysique ou mythique au plan économique et politique. Mais ils ont gardé de l'idéalisme allemand, et du spinozisme, la thèse fondamentale : l'Univers est incréé. L'idée de création, pour Marx comme pour Spinoza, comme pour Fichte, est "l'erreur fondamentale absolue" (Fichte, Initiation à la vie bienheureuse, 6e conférence). Marx veut que la conscience populaire se délivre de cette idée d'une création. Il reconnaît que c'est une représentation très difficile à arracher de la conscience commune (Nationalökonomie und Philosophie, X, pagination de Marx) » (p. 85/86)

 

Il anéantit également le célèbre reproche de Marx à propos de "l'aliénation religieuse" : « La doctrine biblique et patristique de la création ne vise pas à écraser l'homme, à la réduire à la condition infamante d'esclave dépendant, mais à la diviniser, – c'est la doctrine de la théiôsis. »

 

Le Dieu de l’Ancienne Alliance…

 

Scandale pour les Grecs, l’expérience de la divinisation est davantage abordée dans la seconde partie qui porte le titre « De la connaissance de Dieu à partir d'Israël (abstraction faite du phénomène chrétien) ».

 

D’abord, Tresmontant insiste sur l’ancrage historique du prophétisme hébreu, sa manifestation concrète :

 

« La différence, décisive, entre le livre sacré d'Israël et les livres sacrés des religions du monde réside en ceci : le livre sacré d'Israël est le recueil d'actes et d'archives qui relatent une expérience historique opérée en plein jour, à ciel ouvert, à la face du monde. Ce n'est pas un livre qui prétend initier à des secrets transcendants au nom d'une Gnose invérifiable. C'est un livre d'expérience concrète, historique. Et cette expérience historique se continue... » (p. 143)

 

C’est l’occasion de revenir sur un des clichés du Dieu-colérique, infantile, qui est en réalité « un feu dévorant. Dieu est jaloux pour nous de cette vocation qui est la nôtre, et il ne veut pas que nous nous contentions à moindres frais d'une destinée de larve. […] La colère de Dieu est le nom même de l'amour de Dieu qui ne tolère pas la vanité, l'injustice, le crime de l'homme contre l'homme et contre lui-même. » (p. 158)

 

Il est inutile de revenir sur cette seconde partie. Le Prophétisme hébreu, la Doctrine morale des prophètes d’Israël sont plus détaillés sur cette question de l’Ancien Testament.

 

… qui ne fait qu’un avec le Dieu de la Nouvelle Alliance.

 

La dernière et troisième partie s’intitule « De la connaissance de Dieu à partir du Nouveau Testament » et entend synthétiser toutes les étapes franchies jusqu’ici.

 

D’abord, Tresmontant rappelle son amour de l’intelligence (qui ne lui appartient pas), amour indissociable de la foi chrétienne, laquelle ne sépare jamais l’intelligence de l’amour, ni l’intelligence de la foi. Il faut insister sur ce point : la foi est un assentiment de l’intelligence à ce qui est vrai. Par conséquent, elle n’a définitivement rien à voir avec la crédulité sentimentale comme peuvent en être convaincus même bien des catholiques qui adoptent souvent cette attitude fidéiste ou protestante sans s’en rendre compte :

 

« C'est à l'intelligence que constamment Jésus fait appel. Il la sollicite ; le reproche constant dans sa bouche, c'est : "Ne comprenez-vous pas, n'avez-vous pas l'intelligence ?" Ne croyez-vous pas encore ? ajoute-t-il aussi. Cette foi qu'il sollicite n'a rien d'une crédulité. Cette foi, c'est très précisément l'accès de l'intelligence à une vérité, la reconnaissance de cette vérité, le oui de l'intelligence convaincue, et non on ne sait quel sacrificium intellectus. C'est bien à notre intelligence que Jésus s'adresse, et non à notre crédulité. Contrairement à ce que certains voudraient nous faire croire, la crédulité et la faiblesse du jugement ne sont nullement agréables à Dieu. La vérité n'a nul besoin que l'homme s'abêtisse, ni qu'il saborde sa raison, qui lui est au contraire nécessaire pour atteindre à la connaissance de Dieu. […] Ce que le Maître du Nouveau Testament nous demande, ce n'est pas « d'humilier » notre raison, mais de l'ouvrir, et de comprendre. » (p. 180/181)

 

Le Christ n’est pas Spartacus

 

Encore aujourd’hui, « Certains reprochent à Dieu de n'avoir pas adopté le style impérial dans sa manifestation. Au lieu d'une naissance dans une étable à Bethléem, ils auraient préféré une descente solennelle et tonitruante sur la place publique de la grande Ville, de Rome, la capitale de l'Empire. Le style de Dieu n'est pas le style impérial, ni le style napoléonien... […] Dieu ne descend pas sur l'humanité avec une armée d'archanges. Il naît dans l'humanité, inaperçu comme toute naissance. […] Le Dieu d'Israël n'a pas besoin de nous jeter de la poudre aux yeux, comme les faux dieux inventés par les hommes. Sa puissance s'allie à la douceur, et il se manifeste dans la douceur et dans le silence, dans un "murmure doux et léger" (I Rois 19,12) » (p. 199)

 

Tresmontant fait observer que le Christ ne saurait lui-même, quand il se manifeste, s'affubler des oripeaux du clinquant et de la vanité.

 

« Jésus interdit le plus souvent à ceux qu'il guérit de le proclamer ; il demande le silence à ses disciples sur ce qu'ils découvrent de lui. » (p. 200)

 

Une bonne fois pour toutes, Tresmontant nous invite à sortir de ce cliché du Dieu niais de la Nouvelle Alliance ; le Dieu du Nouveau Testament est le même que Celui de l’Ancien Testament : Dieu terrible, en même temps que Dieu aimant. « Qui a voulu faire de Jésus ce maître efféminé et sucré, alors qu'il est le Maître terrible qui se découvre aussi bien dans les Evangiles que dans l'Apocalypse de Jean ? » (p. 200/201)

 

Sans être dans la complaisance pour l'abjection, Il est exigence de sainteté.

 

Citations

 

« La raison n'est pas un organon. C'est une exigence, mais une exigence dont nous ne pourrons connaître le dernier mot que lorsque nous aurons achevé la science. » (p. 37)

 

« Cette beauté, ce luxe de la création, indique qui est Dieu : il n'est pas ce dieu avare et triste, rancunier et comptable, mesquin, que veulent nous imposer tant de traités de spiritualité. Dieu est jubilation, son oeuvre qui le manifeste est jubilation. Sans aller jusqu'à parler d'un caractère dionysiaque, ce qui pourrait introduire des confusions, disons cependant que ce caractère dionysiaque que les anciens avaient aperçu dans la création est bien l'oeuvre du Créateur. Ce don de la femme qui est fait à l'homme, ce n'est pas le don d'un dieu chagrin, puritain, ni jaloux. » (p. 113)

 

Sur le problème du mal et de la mort : « Ne voir que l'horreur, comme les gnostiques, et déclarer que la création est foncièrement mauvaise, c'est délirer : c'est oublier toute la part de paix et de beauté de la vie. » (p. 115/116)

 

« Pour qu'il y ait problème du mal, souffrance et mort, il faut d'abord qu'il y ait vie. » (p. 112)

 

Sur la spécificité du christianisme : « Notons simplement ici la différence radicale qui existe entre l'idée chrétienne d'incarnation, et le thème, fréquent dans les religions aussi bien de l'Inde que de la Grèce, d'une manifestation d'un dieu à l'homme sous une apparence humaine. Les manifestations des divinités, dans la tradition indienne par exemple, peuvent être, d'abord, en nombre illimité. Selon certains théosophes hindous, Jésus est une de ces manifestations de l'Absolu, au même titre que d'autres, antérieures ou postérieures. Dans la perspective chrétienne, cette incarnation de l'Absolu est unique. Mais là n'est pas la différence la plus importante. Dans la perspective chrétienne, l'Absolu vient, dans ce monde qui est son oeuvre, se manifester en naissant à l'intérieur de l'humanité, en assumant pleinement l'humanité : pleinement Dieu, pleinement homme ; vraiment Dieu, et vraiment homme. Dieu n'a pas assumé une apparence d'humanité, mais l'humanité réelle et concrète. Le Christ est consubstantiel au Père, selon la divinité, et consubstantiel à nous, selon l'humanité, semblable à nous en tout, sauf le péché (= le crime). En cela, l'idée chrétienne d'incarnation, explicitée au concile de Chalcédoine, se distingue radicalement de toutes les théophanies des religions non-chrétiennes. » (p. 188/189)

 

Plan de l’ouvrage

 

Introduction

Première partie : De la connaissance de Dieu à partir du monde, abstraction faite du phénomène Israël

Deuxième partie : De la connaissance de Dieu à partir d’Israël, abstraction faite du phénomène chrétien

Troisième partie : De la connaissance de Dieu à partir du Nouveau Testament

 

 

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Published by Jérémy MARIE - dans Bibliographie
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18 mars 2012 7 18 /03 /mars /2012 12:06

Arnaud Dumouch, professeur de religion et de théologie catholique en Belgique, nous introduit, dans une admirable série de clips, à la philosophie réaliste héritée d'Aristote et de Saint Thomas d'Aquin - tradition dans laquelle notre cher Professeur, Claude Tresmontant, s'inscrit résolument. Il nous livre ainsi les clefs pour comprendre les rouages de la pensée de Claude Tresmontant.

 

Dans cette troisième vidéo, Arnaud Dumouch, nous livre une petite histoire de la philosophie (décomposée en quatre grands âges). 

 

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5 mars 2012 1 05 /03 /mars /2012 18:00

Chers amis,

 

En exclusivité absolue sur ce blog, voici la 8e partie d'une interview audio donnée par Claude Tresmontant en décembre 1996, quatre mois seulement avant sa mort.

 

Interrogé par Jérôme Dufrien - qui nous a fait l'honneur et la grâce de nous confier la diffusion de ce document exceptionnel -, Claude Tresmontant revient sur les grands thèmes de son oeuvre.

 

Dans ce nouvel extrait que nous publions aujourd'hui, Claude Tresmontant nous parle de la vie chrétienne au quotidien - un enseignement à méditer, particulièrement en ce temps du Carême.

      

 

Dans le prochain extrait, que nous publierons le 5 avril prochain, Claude Tresmontant nous parlera du déterminisme.

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Published by Matthieu BOUCART - dans Audio
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24 février 2012 5 24 /02 /février /2012 17:32

Doctrine-morale-des-prophetes-d-Israel.jpg

Emblématique des recherches de Claude Tresmontant, La doctrine morale des prophètes d’Israël nous invite à découvrir le « fait » du prophétisme hébreu, ce qui engage à un renouvellement de l’intelligence, en vue de sortir des préjugés constamment entretenus devant cet épineux problème.

 

Comme le rappelle Tresmontant, « La Bible nous enseigne une psychologie de la mauvaise foi, selon laquelle l'inintelligence est mensonge. […] C'est, pourrait-on dire, à la pointe de la recherche de l'intelligence humaine du prophète que la Révélation est accordée, comme un don qui vient récompenser une quête de la pensée. » (p. 74/75)

 

 

 

Le « phylum hébreu »

 

Tresmontant s’offre l’occasion de souligner la spécificité d’Israël engagée dans l’histoire humaine. A ce propos, le professeur se fait l’ennemi de tout romantisme :

 

« L'élection d'Israël ne doit pas être comprise comme un choix arbitraire, voire injuste, que Dieu aurait fait d'une nation parmi les autres, pour lui confier son message et lui assurer une suprématie temporelle. C'est là une caricature, et une méconnaissance radicale de l'élection du Peuple de Dieu. L'élection du peuple de Dieu est une création. » (p. 115)

 

Ainsi, Yahweh crée un peuple nouveau. C’est la raison pour laquelle « Israël n'est pas, biologiquement parlant, une race. La définition d'Israël ne se trouve pas au niveau biologique, ni ethnique. Israël est la communauté de l'alliance (pas de type magique) » (p. 116) et Tresmontant tient à rappeler que « Rejeter le christianisme parce qu'il achève un développement dont tout le judaïsme biblique ne fait qu'exprimer l'existence, rejeter le christianisme au nom du judaïsme, c'est se mettre en contradiction avec soi-même, et avec le judaïsme. » (p. 106)

 

De ce tronc commun, Tresmontant ne repère aucune opposition marcionite entre le Nouveau Testament et l’Ancien ; de même pour la fausse opposition Justice/charité (p. 183). Il n’y a pas d’un côté un Dieu amour (Nouvelle Alliance) et un Dieu de colère (Ancienne Alliance).

 

« O toi en qui l'orphelin trouve compassion ! » Osée, 14,4.

 

La lente sortie des sacrifices


Sacrifier signifie « rendre sacré » ; les travaux de René Girard ont révélé l’origine des civilisations, lesquelles reposent sur des victimes divinisées dont le sacrifice assure l'unité au sein des communautés. La spécificité du prophétisme hébreu est de révéler ces sacrifices qui secrètent de faux dieux :

 

« Le prophète est l'homme de l'Esprit. La parole de Dieu lui est adressée. Il dénonce le péché du peuple de Dieu, et découvre le dessein de Dieu. » (p. 181)

 

L’existence du prophète participe d’un dialogue entre Dieu et l’homme, une rencontre constamment célébrée et qui s’incarne de plus en plus à mesure que le temps passe.

 

Les prophètes, sans aucune exception, s’inscrivent dans la révélation du sang innocent qui recycle de l’idolâtrie, vécue comme une véritable prostitution. Leur appel à sortir du sacrifice se fait de plus en plus intense et accentue la responsabilité de chacun quand l'anthropologie nous apprend très justement que le sacrifice institutionnalise les interdits, lesquels constituent une protection, certes bien fragile, aux violences intestines. De fait, lorsque notre « modernité » refuse la moindre « morale », le moindre « interdit », elle est redevable du prophétisme hébreu, le sachant ou non ; telles des stratifications, « Les différentes législations que nous trouvons dans l'Exode, dans le Lévitique, dans les Nombres et dans le Deutéronome, attestent cette évolution de la conscience morale du peuple hébreu. » (p. 96)

 

Comme René Girard, Tresmontant met en avant la pédagogie anthropologique et progressive de Dieu dont la Bible témoigne par la voie de ses prophètes.

 

Jérémie, 7, 30 : contre les sacrifices.

Ezéchiel 26, 20 : contre les sacrifices.

Lévitique 18, 21 : contre les sacrifices.

Amos 5, 21 : contre les sacrifices.

Osée 6, 6 = contre les holocaustes + sacrifices.

Michée 6, 7 = contre les holocaustes + sacrifices.

Jérémie 6, 20 = contre les holocaustes + sacrifices.

Isaïe 1, 2 = contre les sacrifices.

 

Tresmontant constate que le paganisme a une spécificité que l’on retrouve à tous les âges de l’antique humanité : le sacrifice des enfants.

 

« Ce ne sont plus les baals, divinités cananéennes, dieux de la nature, de la fécondité, maîtres de la vie, ni les molocks, divinités de la terre, mais les divinités des nations, les nations elles-mêmes divinisées. C'est toujours à des idoles nationales, à la Volonté de puissance, au Désir de posséder, aux Puissances d'argent, que les enfants des hommes sont sacrifiés. » (p. 99)

 

Il faut s’empresser d’ajouter que la pratique des sacrifices était elle-même présente en Israël, ce qui justifie la colère farouche des prophètes qui ne sont bien souvent pas écoutés ; certains meurent d’ailleurs pour cela. « La critique que font les prophètes d'Israël de la religion israélite est donc en fait la critique du vieux fonds cananéen, du rituel magico-sacrificiel païen contenu dans la religion pratiquée par Israël. » (p. 101)

 

Cela permet de rapporter combien cette pratique du sacrifice est proprement humaine et qu’Israël ne fait pas exception. D’ailleurs, la prescription des lois devient de plus en plus caduque dans cette éducation anthropologique, preuve qu’il existe un développement ; y revenir serait sacraliser sa vieille peau. Réciter sa leçon par cœur ne suffit plus.

 

Dieu se justifie : « Et j'allai jusqu'à leur donner des lois qui n'étaient pas bonnes et des coutumes dont ils ne pouvaient pas vivre et je les souillai par leurs offrandes, en les faisant sacrifier tous leurs premiers-nés, pour les punir, afin qu'ils sachent que je suis Yaweh. » (Ezéchiel, 20,25)

 

L’exemple le plus célèbre est la circoncision, pratique du vieux fonds archaïque ; on connaît certes la critique de la circoncision par Jérémie (4, 4) mais elle est déjà présente dans le Deutéronome : Deutéronome 10,16 = « Circoncisez donc votre coeur et ne raidissez plus votre cou » (p. 103)

 

Proverbes 21, 3 : « Pratiquer la justice et la charité est plus agréable à Dieu que le sacrifice. » (p. 102)

 

Une nouvelle anthropologie

 

Cela nous invite à reconsidérer totalement notre approche du réel. L’anthropologie que proposent les prophètes appelle à gagner les secrets du cœur, loin des abstractions philosophiques. En effet, « Pour la première fois, dans l'histoire des civilisations et des législations, l'homme est respecté, aimé, en tant qu'homme. Il ne s'agit pas d'un idéalisme moral, mais d'un réalisme humaniste : c'est l'homme qui existe, et non le mythe fabriqué par les mains de l'homme, et Israël ne sacrifiera pas aux idoles de mort, aux mythes de néant. » (p. 123)

 

A l’inverse, « On sait que les sectes gnostiques qui ont professé la mythologie la plus pessimiste, enseignant la chute de l'homme dans une matière irréductiblement mauvaise, et son exil dans un monde pernicieux, son enlisement dans un corps qui le souille, sont aussi celles dont les adeptes se vautraient avec le plus d'abandon dans la débauche la plus obscène. » (p. 186)

 

Dans ce cas de figure, on comprend davantage le rôle du prophète, du nabi qui « est à la fois de dénoncer le crime du peuple de Dieu, et de lui donner, au nom de Dieu, la signification historique et théologique du châtiment par les nations, ainsi que l'intelligence du dessein de Dieu, sur Israël et sur les nations. » (p. 131)

 

« Depuis Isaïe, Michée, Sophonie, jusqu'à Ezéchiel et au deutéro-Isaïe, la guerre est comprise comme un châtiment où les nations exercent les unes contre les autres le rôle de « marteau » et de « verge » » (p. 143) ; la sortie du sacrifice se mime d’une sortie de la guerre et traduit l’extrême exigence de la « doctrine morale des prophètes d’Israël ».

 

«  Nous sommes maintenant habitués à cette expression de la conscience, parce que l'exigence apportée par les législateurs et prophètes d'Israël a pénétré, sinon les moeurs, du moins les idées de l'Occident, jadis chrétien. Cette exigence est maintenant « laïque » et commune à la pensée civilisée. » (p. 123)

 

L’essai entend embrasser le cœur de l’anthropologie biblique que Tresmontant nommera l’humanisme intégral, en écho à Laberthonnière ; ce travail sera secondé par Le prophétisme hébreu qui est une étude plus précise des phénomènes de prophétie au cours de l’histoire du peuple hébreu, afin de valider définitivement le « fait » du prophétisme.

 

Citations

 

« L'imposture en Chrétienté a été l'imposture d'une classe : celle des privilégiés, des possédants, des princes et des pasteurs. Il s'est trouvé, tout au long de l'histoire de l'Eglise, des princes de l'Eglise pour ne pas dénoncer le crime, et pour garder un silence complice sur l'oppression, l'exploitation, le racisme, le génocide. En préconisant, et en pratiquant d'ailleurs réellement, la « piété » et la « charité » individuelle, l'imposture en chrétienté a été politique. » (p. 195/196)

 

« Si la patrie est une réalité excellente en son ordre, il est interdit au chrétien d'en faire une divinité, comme les païens, qui lui sacrifient les enfants des hommes en les faisant passer par le feu. » (p. 196) note, bas de page.

 

« La Chrétienté, tout comme Israël, a été une prostituée. » (p. 196)

 

« L'humanité se divise en deux selon qu'elle aime ou n'aime pas le Fils de l'Homme. » (p. 198)

 

Table des matières

 

Introduction, La métaphysique biblique

 

La structure de la métaphysique biblique

La métaphysique biblique et le réel

 

La doctrine morale des prophètes d’Israël

 

 

 

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Published by Jérémy MARIE - dans Bibliographie
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19 février 2012 7 19 /02 /février /2012 00:00

Dans le sillage du cours d'introduction à la philosophie réaliste d'Arnaud Dumouch que nous avons commencé il y a quelques semaines [1], je voudrais à mon tour débuter une série de cours que je travaille personnellement et dont je voudrais vous partager la "substantifique moelle". Cela nous donnera les clefs pour entrer dans la métaphysique de Claude Tresmontant, philosophe réaliste, et surtout, pour apprendre à bien penser - car nous verrons (et nous avons commencé à le faire [2]) que toutes les manières de penser ne se valent pas, et qu'il en est une bien supérieure à toutes les autres, qui consiste à partir du réel objectif considéré en lui-même - et non de notre pensée subjective, de nos sentiments et préjugés, de nos préférences.

 

Penser, tout homme en est capable, par nature - l'homme est un "roseau pensant" disait Pascal. Bien penser, cela s'apprend - comme on apprend à marcher. Aujourd'hui, les cours de philo ne sont plus ces lieux d'apprentissage du "bien penser", mais se réduisent le plus souvent à la simple exposition de l'histoire de la philosophie - ce que l'on ne peut que déplorer car, comme disait Bergson : "La philosophie s'apprend, comme tout le reste". Que la philosophie ne soit plus enseignée comme elle devrait l'être, voilà qui explique, à mon sens, bien des maux de notre société - en particulier la crise de la foi qui sévit dans le monde occidental, et dont la racine me paraît se situer plus profondément dans une crise de la raison.

 

Cette série de cours que nous allons suivre s'inspire des ouvrages de philosophie Beauchesne, et en particulier, pour cette introduction, du premier Tome de la série intitulé "Introduction Générale et Logique" - dont l'auteur est Roger Verneaux.

 

Contrairement à ce que l'on pourrait croire, l'introduction à la philosophie n'est pas la partie la plus aisée du cours de philosophie. Car l'introduction renvoie à des notions et des thèses qui ne seront expliquées et justifiées que plus tard, dans le "corps" même du cours.

 

Mais pour bien d'autres matières, il n'est pas d'autre solution pour les connaître que de se "jeter à l'eau" - quitte à boire quelques tasses au début... Commence-t-on l'étude des mathématiques par une réfléxion générale sur la nature, la méthodes et les divisions de cette science? Non : on commence par apprendre à compter, à travailler ses tables de multiplication... Puis, quelques années après avoir fait un peu d'algèbre, de géométrie, d'arithmétique et de trigonométrie, on entrevoit ce que sont les mathématiques : la science de la quantité abstraite.

 

Pour savoir ce qu'est la philosophie, il faut la pratiquer. On ne comprend ce qu'elle est qu'en en faisant et après en avoir fait. En cette matière, et comme pour les maths, la mémoire est essentielle et l'exercice indispensable. C'est pourquoi je me permettrais de vous recommander de travailler cette série d'articles, et non seulement de la lire - en utilisant les moyens les plus scolaires pour cela (écriture, mémorisation, révisions...) Vous serez alors surpris des fruits que vous pourrez en recueillir.

 


[1] Cf. nos articles des 20 novembre 2011, Introduction à la philosophie réaliste, et 29 décembre 2011, Présentation des différentes branches de la philosophie.

[2] Cf. la catégorie Méthode déductive du présent blog.

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Published by Matthieu BOUCART - dans Cours de philosophie réaliste
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12 février 2012 7 12 /02 /février /2012 14:16

LE POINT (Existence de Dieu)Nous poursuivons notre critique du numéro spécial du Point consacré à l'existence de Dieu - publiée simultanément sur le blog Totus Tuus.

 

Le reportage se poursuit avec un article de Catherine Golliau, "Pourquoi Dieu est tendance"... La journaliste commence par dresser le constat d'un retour en force des religions – y compris parmi les personnalités du monde médiatique qui sont nombreuses aujourd'hui à faire leur "coming out" (sic). Ce "boom" religieux ne profite pas à une religion en particulier – mais semble un phénomène général, observé partout. Conclusion de la journaliste : "Dieu est partout, mais se pratique en kit"... Et de citer de philosophe canadien Charles Taylor : "Dans une société sécularisée, la foi, y compris pour le croyant le plus inébranlable, n'est qu'une possibilité parmi d'autres". S'ensuit une ode à la liberté : "Au grand supermarché des croyances, chacun choisit ce qu'il veut (...). A chacun son Dieu." La foi religieuse devient une manière de vivre la Liberté – une nouvelle modalité d'exercice de l'autonomie de l'individu, contre tous les systèmes qui voudraient l'enfermer dans un "moule" : "Le croyant moderne est individualiste. Et libre : les dogmes et les rituels se choisissent à la carte, voire sont ignorés. N'en déplaise à Benoît XVI, un catholique pratiquant peut accepter l'avortement et utiliser des capotes..."

 

Bien entendu, le journaliste ne s'embarrasse pas de détails, et s'abstient d'expliquer que la "capote" n'est pas proscrite de manière absolue et sans discernement dans tous les cas par l'Eglise, ni que le "catholique pratiquant" qui "accepte l'avortement" cesse, par le fait même, d'être catholique... Et l'on ne peut attendre d'un tel article "grand public" une réflexion de fond sur le péché de l'homme – et la division qui règne en lui, en sa condition présente, entre ce qu'il veut – et que sa raison lui commande – et ce qu'il fait – mû par ses passions mauvaises ; ni sur la miséricorde divine, qui est de toujours à toujours, et qui restaure en l'homme ce que le péché a brisé. Ce que Catherine Golliau cherche ici à démontrer, c'est que la religiosité humaine livrée à elle-même est une bonne chose – un excellent rempart contre tous les dogmatismes et tous les fanatismes... "Personne ne détient la vérité, dira plus loin le peintre Gérard Garouste. Dingue est celui qui dit 'Je l'ai trouvée'." C'est effectivement le message subliminal de l'ensemble du reportage. L'explosion tous azimut du sentiment religieux interdit de penser qu'il existe UNE vérité. Ce serait folie – et intolérance – que de le penser ; que de le professer. Comme l'affirme le rappeur musulman Abd Al Malik : "Il n'y a qu'un seul Dieu, bien qu'il y ait plusieurs religions. A chacun de choisir le véhicule qu'il considère lui correspondre pour aller vers Lui."

 

Catherine Golliau tempère, à la fin de son article, cette dernière appréciation dans ce qu'elle peut avoir de trop catégorique quant à l'affirmation de l'existence d'un Dieu unique. "Dans cette quête de Dieu qui affecte aujourd'hui nos sociétés, certains préfèrent au Dieu des religions constituées ce sentiment océanique (sic) qu'évoquait, dans les années 20, l'écrivain Romain Rolland - "le fait simple et direct de la sensation de l'éternel". Spiritualité diffuse et englobante, sans crédo ni livre sacré, mais qui assure à l'homme le sentiment rassurant que la vie a quand même un sens." Un parfait compromis, en somme, entre la croyance religieuse (dans ce qu'elle peut avoir de bon pour l'homme – des scientifiques en témoigneront plus loin) et l'athéisme (qui est la vérité présupposée, érigée... en dogme). "En ces années d'inquiétude où la crise, économique et morale, remet en question de nombreuses valeurs, où l'homme s'interroge sur son mode de vie, son rapport à la nature, mais aussi aux autres, la spiritualité revient en force et, contrairement à ce que certains redoutent, pas forcément munie d'un révolver. S'appelle-t-elle toujours Dieu? Là est la question." Une conclusion que l'on ne pourra s'empêcher de trouver très... maçonnique.

 

En lisant un tel article, on se prend à penser que le principal danger aujourd'hui n'est plus l'athéisme (qui est philosophiquement mort), mais l'explosion tous azimuts du sentiment religieux, avec les graves problèmes qu'elle engendre (phénomène des sectes, montée des fondamentalismes, essor des pratiques spirites et occultes...) Cela n'en rend que plus urgent la découverte, par le plus grand nombre, des oeuvres de Claude Tresmontant qui nous donnent l'antidote pour éviter de tomber du Charybde de l'athéisme au Scylla du relativisme religieux.

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Published by Matthieu BOUCART - dans Critiques
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