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30 septembre 2012 7 30 /09 /septembre /2012 18:53

Arnaud Dumouch, professeur de religion et de théologie catholique en Belgique, nous introduit, dans une admirable série de clips, à la philosophie réaliste héritée d'Aristote et de Saint Thomas d'Aquin - tradition dans laquelle notre cher Professeur, Claude Tresmontant, s'inscrit résolument. Il nous livre ainsi les clefs pour comprendre les rouages de la pensée de Claude Tresmontant.

 

Dans cette septième vidéo, Arnaud Dumouch revient sur les différentes parties de la philosophie, et présente la classification proposée par le pape Jean-Paul II dans son encyclique Splendor Veritatis. 

 

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Published by Matthieu BOUCART - dans Cours de philosophie réaliste
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23 septembre 2012 7 23 /09 /septembre /2012 11:36

Tout homme s'interroge un jour sur lui-même. Qui est-il, fondamentalement? Que fait-il sur cette terre? Où va-t-il? Sa vie a-t-elle un sens?

 

Si la réponse ne lui apparaît pas avec évidence, la question, elle, s'impose, irrésistiblement.

 

Elle lui est posée par son être même - qui est pour lui-même, disions-nous, un mystère [1]. Ce n'est pas lui, en effet, qui a fait qu'il ait telle apparence physique, tel visage, tel talent naturel, tel caractère. Ce n'est pas lui qui a écrit le code génétique de son ADN. Ce n'est pas lui qui a demandé de vivre dans tel pays, à telle époque. Son être et sa vie, l'homme les reçoit. Cela lui est donné.

 

Pour paraphraser un chanteur populaire (en transposant quelque peu les paroles de sa chanson ), "ce n'est pas l'homme qui prend la vie, c'est la vie qui prend l'homme". Mais quelle est cette "vie" même qui "prend" l'homme, et lui fait le don de l'être?

 

Il faut prendre conscience de la grâce qui nous est faite de vivre - et du caractère miraculeux de notre existence personnelle. Du point de vue des probabilités mathématiques, nous n'aurions jamais dû exister. Notre existence sur la terre était infiniment improbable. Elle dépend de tant d'évènements aléatoires, dont la non réalisation d'un seul aurait suffit à nous laisser pour jamais dans le néant, que le fait que nous soyons doit nous donner le vertige et nous interroger au plus profond de l'âme. Pourquoi moi? Pourquoi suis-je vivant? A quoi le dois-je? A qui (peut-être) le dois-je? C'est une question inévitable pour quiconque regarde sa vie en vérité.

 

"Nous entrons dans la vie comme si elle nous était due, écrit le P. Stan Rougier dans son autobiographie spirituelle, alors que tout est miracle! Jamais je n'ai pu considérer mon existence comme naturelle (...). Ce que je ressens à la fois de plus étranger et de plus personnel en moi, c'est l'impossibilité où je suis de me familiariser avec mon existence." Pour ne prendre que les deux derniers siècles, "il aura fallu pas moins de deux cent cinquante six (256) ancêtres pour que chacun de nous existe! Enlève un seul de ces maillons, fais manquer le rendez-vous entre ton trisaïeul et sa compagne, et tu n'existes pas. Un autre existera, ça ne sera pas toi (...). Chacun de nous doit la vie à un nombre phénoménal d'individus qui se sont cramponnés à la planète contre vents et marées, glaces et bêtes sauvages, hordes voisines et virus... A détourner quiconque de toute pensée de suicide! Notre vie a coûté trop cher à trop de monde!" [2]

 

La raison humaine, forte de son expérience quotidienne la plus concrète [3], ne peut manquer de s'interroger. Si je ne me suis pas inventé moi-même, alors qui? Mes parents? "Nos parents ne nous ont pas inventés. Ils le savent mieux que personne. Ils ont transmis le patrimoine génétique d'une lignée d'ancêtres, c'est déjà un cadeau fabuleux, mais ils ne nous ont pas inventés. Ils ont choisi d'avoir un enfant, mais ils ne nous ont pas choisis, nous. Ils ne sont pas nos créateurs, mais nos pro-créateurs... C'est bien grâce à l'employé des postes qu'un message nous parvient, mais ce n'est pas lui qui a écrit le message." [4]

 


[1] Cf. notre article du 16 septembre 2012, Nous sommes à nous-mêmes un mystère.

[2] Cf. notre article sur le blog Totus Tuus, Je pense... donc Dieu EST!

[3] qui constate qu'un message intelligible provient nécessairement d'une intelligence pensante.

[4] Cf. notre article sur le blog Totus Tuus, Je pense... donc Dieu EST!

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Published by Matthieu BOUCART - dans Métaphysique
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18 septembre 2012 2 18 /09 /septembre /2012 19:07

Comment parler de Dieu - HadjadjIl est convenu d’approcher l’être humain en tant qu’être de symbole et/ou être de nature. Fabrice Hadjadj semble n’avoir d’yeux que pour la première définition. Il a trop peur de sombrer dans le positivisme en abordant la seconde alors qu’elle compte tout autant, même si dans cet essai qui vient de paraître aux éditions Salvador, Comment parler de Dieu aujourd’hui ?, il tente d’associer la parole et l’être… dans son intégralité.

 

Philosophe, professeur et dramaturge, Fabrice Hadjadj est surtout connu dans le paysage culturel pour avoir écrit des essais caustiques sur l’actualité, avec un regard de « catholique ». Habile déconstructeur de notre petit confort quotidien, il n’hésite pas à mettre en oeuvre son esprit de finesse au service d’une critique implacable des « tendances » politico-religieuses ou anthropologiques qui secouent notre modernité, partagée entre écologisme, fondamentalisme, technocratie, trans-humanisme.

 

Si « L’utopie du progrès est la seule barrière contre la barbarie. » selon Max Gallo, « Les totalitarismes nous ont prodigué la démonstration que l'utopie du progrès débouchait sur l'empire de la terreur. » (p. 176) aux yeux de Hadjadj.

 

Bien que son meilleur livre reste sans nul doute Mystique de la chair, il faut aussi souligner certaines lignes redoutables rencontrées dans La foi des démons, Réussir sa mort : anti-méthode pour vivre, Essai sur le paradis : une joie qui dérange.

 

« Reprise d’une conférence prononcée le 26 novembre 2011, à l’invitation de son Eminence le cardinal Stanislas Rylko, durant l’Assemblée plénière du Conseil pontifical pour les laïcs », Hadjadj prend le parti du balbutiement contre le moralisme et le lecteur pourra être touché d’une telle humilité. « L’apôtre qui balbutie comme un homme ivre vaut mieux que celui qui parle comme un livre. » (p. 13)

 

L’essai entend s’interroger sur les modalités de la parole dans le sens du discours chrétien : Comment dire la Parole ? Comment se prétendre parole alors qu’on ne vaut pas mieux qu’un clown ?

 

L’auteur préfère le dialogue et l’échange à la com’ qui incite à consommer : « Dans la parole, le matériel et le spirituel s’épousent indissolublement. » (p. 87)

 

Dans ces conditions, la fameuse « liberté d’expression » finit par se révéler « insidieuse censure », dans la mesure où elle renonce « à la patience de toute pensée véritable, au balbutiement de toute parole nouvelle. » (p. 82)

 

Le philosophe s’offre l’occasion de déconstruire l’utilitarisme, non sans un brin de malice : « Tandis que les autres animaux, par leur communication, ramènent tout ce qui existe au circuit de leur utilité, l’homme, par sa parole, se porte au-delà de ce qui est utile, pour désigner les choses telles qu’elles sont. » (p. 92)

 

Le clown contre le bouffon

 

Alors, comment échapper au piège réceptif de la com’ sans passer par une parole complaisante ? Avec Fanciouille. Avec le clown, ce champion du contemplatif.

 

Si « le comique fait rire en général, tandis que le bouffon se moque des autres. » (p. 126), le clown rejoindrait presque le rire universel baudelairien (catholique, en somme) qui consiste à rire de sa propre chute. Il s’agit là d’un « sérieux métaphysique » :

 

« Le [comique] dispose d’un savoir-faire, le [bouffon], d’une tête à payer. Or le clown, s’il fait rire, c’est sans astuce et presque toujours à ses dépens. Et, s’il a une certaine disposition vis-à-vis d’autrui, ce n’est pas de la moquerie, mais l’admiration. En vérité, le clown est très sérieux, il prend même tout avec un sérieux immense, ne fût-ce que le simple fait de respirer ou d’avoir à faire un pas. » (p. 126)

 

Le chrétien est donc un clown ; il ne « cherche pas à faire drôle, mais il est drôle à ses dépens. » (p. 128) Loin de faire de la figure du clown le sommet de l'absurdité, Hadjadj rejoint l'humanisme intégral de Maritain en reconnaissant que « les dogmes de la foi ne sont pas absurdes, ils sont super-rationnels » (p. 129)

 

Tradition acosmique ; tradition thomiste

 

Hélas, il est à craindre qu’on n’entendra jamais Hadjadj en dehors de la sphère « catho ». Le « pont » n’est pas fait ; il ne sera pas fait tant qu’un philosophe n’aura pas cherché à casser le mur entre la méta- et la physique. Tant que le liant ne sera pas fait, les livres d’Hadjadj seront réduits au rayon « spiritualité », « religiosité », « sagesse », comme autant d’aliments du rayon surgelé.

 

J’affirme donc ma peine de voir ce constat, emblématique de la tradition philosophique française, essentiellement littéraire.

 

Voici la grande différence, abyssale, avec Tresmontant. Si Tresmontant a écrit Comment se pose aujourd’hui le PROBLEME de l’existence de Dieu, Hadjadj écrit Comment PARLER de Dieu aujourd’hui ?, comme si le « problème » était évident, comme si on avait répondu le plus sereinement du monde aux cris d’un Michel Onfray. Eh bien non !

 

Tant qu’on n’aura pas répondu à cette question, quitte à passer pour un illuminé ou un prétentieux (c’est le prix à payer), on se condamne à faire de l’élitisme malgré soi. Hadjadj reste dans le verbe et il le fait très bien. Tresmontant, lui, remarque des faits qui, précisément, réduisent l’athéisme ou l’agnosticisme à du pur verbalisme et rien d’autre.

 

Nous sommes bien obligés de le constater : Hadjadj ne sort pas de la critique de l'athéisme avec les outils du discours et de l’esthétisme. C'est fort bien lumineux comme déconstruction, mais un tel projet se condamne à l'étiquette "religiosité" ou "spiritualité", cet autre nom pour désigner la "religion du privé", bien confortable ; une sorte de friandise esthético-mystique. Hadjadj a conscience de cet échec :

 

« Si mon interlocuteur ne croit pas plus ou moins à la béatitude, mes sermons les plus persuasifs ne l'atteindront pas, ou mal, mes propos paraîtront tissus de dogmes fantaisistes et de normes arbitraires, il croira que je cherche à l'embrigader, alors que je ne veux que préserver le mystère de son visage. J'aurais beau l'inviter dans l'arche, il s'imaginera que je cherche à le mettre en prison. »

 

Devant le constat amer, que propose-t-il à part être un clown ?

 

« Voilà pourquoi plus que jamais, alors qu'au point de vue temporel, la quête du bonheur semble révolue, il faut prêcher l'espérance avant de faire de la morale, annoncer le salut avant de dénoncer le salaud. » (p. 196)

 

... voilà les conséquences d'une philosophie "littéraire". « Prêcher l'espérance », oui, mais il faut répondre aux exigence de notre temps, ce qui serait aussi une marque d'amour (peser ce qui est voulu) : il faut mettre la main à la pâte (à la glaise, écrirait-il) et il préfère le balbutiement des mots. 


Ses pages respirent d'un amour vivant, mais tant qu'il ne sortira pas de sa grille de lecture post-idéaliste, il est condamné à faire du touche-logos avec Onfray. Si l'Eglise, au XVIe siècle, parlait métaphysique par le biais de l'art comme il l’écrit avec brio dans ses autres essais, c'était parce que l'époque le demandait encore. Aujourd'hui, on peut s'en désoler mais c'est ainsi : le monde réclame du sens avec les outils du méta-, sans doute, mais surtout de la physique. Il est donc un devoir d'y répondre et sur ce point, Hadjadj botte en touche.

 

Il faut ajouter à cette reddition silencieuse du philosophe une vraie reconnaissance d’échec du chrétien ; en cela, l’essai est émouvant. Tresmontant pourrait répondre qu’un essai de philosophie ne se réduit pas à un constat d'échec, surtout devant un problème aussi urgent ; répondre aux exigences de notre temps à la manière de Tresmontant, avec la plus « sainte des simplicités » se révèle une parole que l’on écrit partout mais que l’on ne vit nulle part : un amour en acte, un amour vivifiant.

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Published by Jérémy MARIE - dans Critiques
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16 septembre 2012 7 16 /09 /septembre /2012 18:13

L'homme qui s'interroge sur le sens de sa vie - qui se pose les grandes questions de la Sagesse humaine -, qui recherche la vérité ultime de son existence, doit s'efforcer de penser correctement s'il veut avoir quelque espoir de trouver réponse à ses interrogations.

 

Qu'est-ce que penser correctement? Nous l'avons vu : c'est penser à partir du réel objectif extérieur à soi-même, et non à partir de sa propre subjectivité, de ses propres conceptions. [1]

 

Si nous avions l'intelligence innée de tout le réel, cela se saurait : nous n'aurions pas besoin d'aller à l'école, de recevoir de nos maîtres un quelconque enseignement. Nous aurions tout en nous-mêmes pour connaître la vérité sur toute chose - il suffirait de s'enfermer en soi-même et de réfléchir.

 

Le chemin qui conduit l'homme à la connaissance - et à la vérité -, l'unique chemin, c'est la réalité objective qui m'environne, dans laquelle je m'inscris, qui existait avant moi et qui perdurera après moi. C'est elle que je dois explorer et apprendre à découvrir ; c'est en elle que je dois chercher les réponses à mes questions existentielles ; c'est sur elle que je dois fonder mes théories - pour qu'elles aient quelque chance d'être vraies.

 

Le réel objectif : l'unique maître du chercheur de vérité - le seul auquel il doit se soumettre. Le laboratoire du philosophe.

 

Ce réel objectif, quel est-il?

 

C'est bien sûr tout ce qui m'entoure : ma famille, mes amis, ma maison, mon jardin, mon quartier, ma ville, mon pays, la planète où je vis, le système solaire où elle se situe, la galaxie dont il fait partie, l'univers entier.

 

Et c'est aussi ce que je perçois le plus immédiatement : moi-même. Mon corps, mes sentiments, ma pensée. 

 

La première chose qui nous frappe lorsque l'on considère la réalité objective (l'univers, et soi-même) : c'est que nous la rencontrons sans trop savoir au fond ce qu'elle est. Elle est comme une étrangère pour nous. Si familière - nous en faisons l'expérience quotidienne - et pourtant si méconnue : nous ignorons fondamentalement ce qu'elle est.

 

Et pour cause : nous ne l'avons pas inventée - nous la recevons comme un don.

 

Nous naissons dans un univers qui nous pré-existait - dont nous ne sommes pas les auteurs, et qui s'impose à nous comme un fait, un donné.

 

Et ce que nous sommes nous-mêmes, nous ne l'avons pas décidé - nous le "subissons" en quelques sortes, nous le recevons. Comme un cadeau fait à un enfant, que celui-ci tourne et retourne avec étonnement.

 

"Notre existence, notre nature, notre propre corps, et notre âme, sont pour nous une surprise et un sujet inépuisable d'étonnement. Les biologistes font l'analyse de la structure de notre organisme, et nous n'en sommes encore qu'à la première découverte de ce mystère qu'est pour nous notre propre organisme. Et notre âme, notre psychologie, nos tendances, sont pour nous tout aussi mystérieuses. Il faudra le long travail de la science pour nous découvrir à nous-mêmes qui nous sommes. Notre existence, le battement de notre coeur, le chimisme de notre respiration et cette bouchée que nous avalons et qui se transforme en nous-mêmes sans nous, notre pensée elle-même qui sourd comme une fontaine et dont la source est inconnue, tout cela est pour nous mystère. Nous sommes à nous-mêmes mystère (...).

 

"Tout est donné en nous : l'être, la vie, le battement de notre coeur, et même cette pensée que je pense et qui me vient d'un lieu que je ne connais pas, d'une profondeur que je n'ai pas sondée. Tout ce pouvoir qui est en moi, ce mouvement, cette force, cette puissance d'agir et de concevoir, ce n'est pas moi qui les ai mises en moi. Je suis né, et j'ai reçu. La vie, la pensée, comme le mouvement et l'agir, sont pour l'homme reçus." [2]

 

La question qui vient spontanément à l'esprit, dans cette contemplation de mon être et de l'univers, est naturellement celle de la source de ce don que je suis pour moi-même et de cet univers au sein duquel je suis né. 

 


[1] Cf. notre article-sommaire du 29 juillet 2012, De la bonne méthode de raisonnement en philosophie.

[2] Claude Tresmontant, in Essai sur la Connaissance de Dieu, Cerf 1959, p. 27 à 29

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Published by Matthieu BOUCART - dans Métaphysique
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15 septembre 2012 6 15 /09 /septembre /2012 10:41

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Published by Matthieu BOUCART - dans Vidéo
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9 septembre 2012 7 09 /09 /septembre /2012 00:00

Cet été, certains d'entre vous nous ont demandé conseil sur les ouvrages de Claude Tresmontant à lire en priorité pour découvrir l'auteur et son oeuvre.

 

Je vous propose ici une liste de ce qui me paraît le plus essentiel - sachant qu'à la différence de Jérémy Marie [1], je n'ai pas lu (encore) tous les livres de notre cher Maître. Cette liste est donc nécessairement imparfaite. 

 

Un bon petit livre pour survoler les principales thèses du Professeur et se familiariser avec son style si particulier (vivant, plein d'esprit, un brin polémique) : L'histoire de l'univers et le sens de la création. Pour une mise en bouche, disons.

 

Pour entrer de plain-pied dans la pensée de Claude Tresmontant, 5 ouvrages me semblent vraiment incontournables :

 

1- Comment se pose aujourd'hui le problème de l'existence de Dieu : LE best-seller! Un des plus faciles à obtenir - en vente dans toutes les bonnes librairies - à un prix très abordable. Impossible de quitter cette terre sans l'avoir lu!

 

2- Le problème de la Révélation : suite du précédent. Un des plus fondamentaux à mon avis, dans lequel Tresmontant soutient l'une de ses thèses métaphysiques les plus originales, sur une question malheureusement oubliée du dernier catéchisme de l'Eglise Catholique - à savoir que : de même qu'il existe des preuves de l'existence de Dieu que la raison humaine peut établir à partir de la considération de l'univers, de même il existe des preuves de l'authenticité de la Révélation divine que la raison humaine peut établir à partir de la considération des phénomènes objectifs que sont : Israël, Jésus-Christ et l'Eglise catholique. Pour une meilleure connaissance de ce qu'est la foi, en rapport avec la raison.

 

3- Les métaphysiques principales : une "Métaphysique pour les nuls" où l'auteur nous donne les clefs de compréhension des grands courants de pensée qui traversent l'humanité - qu'il réduit à trois seulement, en dépit de la multiplicité des auteurs. Essentiel pour qui veut s'initier à la philosophie et en acquérir les bases de manière agréable (la plume de Claude Tresmontant est légère et accessible au plus grand nombre, même si bien entendu sa lecture reste plus exigente que celle d'un roman policier! )

 

4- Les problèmes de l'athéisme : impossible de rester athée après avoir lu un livre comme celui-là! Un vaccin redoutable contre le scepticisme et le doute. Tous les arguments de l'athéisme sont passés en revue et réfutés un à un. Un chef d'oeuvre méconnu, malheureusement épuisé mais que l'on trouve encore aisément sur internet à un prix très abordable.

 

5- Essai sur la Connaissance de Dieu : une réponse à la philosophie d'Emmanuel Kant et aux dogmes sacrés de la philosophie moderne. Sans doute mon préféré - mais aussi le plus difficile à obtenir (très rare et relativement cher - il faut bien chercher et être patient).

 

Pour ceux qui voudraient aller plus loin, j'en proposerais 5 supplémentaires :

1- Sciences de l'univers et problèmes métaphysiques

2- Etudes de métaphysique biblique

3- La doctrine morale des prophètes d'Israël

4- Introduction à la pensée de Teilhard de Chardin

5- Essai sur la Pensée Hébraïque

 

Deux autres enfin que je n'ai pas lus sont souvent fortement recommandés par leurs lecteurs : Problèmes de notre temps (recueil des chroniques publiées par Claude Tresmontant dans le journal La Voix du Nord) et la mystique chrétienne et l'avenir de l'homme.

 

Et vous? Que dites-vous? Pour vous, quels sont les meilleurs ouvrages de Claude Tresmontant - ceux qui vous ont marqués, et que vous souhaiteriez faire partager? N'hésitez pas à poster en commentaire votre short list, ou à nous faire parvenir votre témoignage sur tel ou tel livre, sur l'auteur et ce qu'il vous a apporté. Nos colonnes vous sont grandes ouvertes!

 

Lire aussi les conseils de lecture de Jérémy Marie

 


[1] qui a entrepris pour ce blog une présentation exhaustive de l'importante bibliographie de Claude Tresmontant (en cours de rédaction).

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Published by Matthieu BOUCART - dans Généralités
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18 août 2012 6 18 /08 /août /2012 11:22

L'Express - 1er août 2012Après les deux derniers dossiers du Point consacrés à l'existence de Dieu, c'est au tour de L'Express de s'interroger sur les "10 raisons de croire", dans son édition du 1er août 2012. Un numéro nettement plus intéressant que ceux de son concurrent - que l'on doit pour l'essentiel à l'érudition du journaliste Philippe Chevallier. "L'homme n'est pas un animal religieux, il est un animal intelligent qui se pose des questions intelligentes. Et parmi ces questions intelligentes, il y a celle de Dieu".

 

Le dossier commence mal pourtant, avec les quelques lignes d'introduction de Christian Makarian qui sort de son chapeau trois citations de Pascal, qui laissent augurer le pire pour la suite du reportage. La 1ère : "Douter de Dieu, c'est y croire". La 2e : "La vraie morale se moque de la morale". La 3e : "Le vrai se conclut souvent du faux". Les deux premières propositions pourraient se justifier, à condition d'être longuement expliquées – afin d'éviter tout malentendu. Mais elles sont livrées là, "brutes de décoffrage", au lecteur qui doit se débrouiller avec... On le devine : ce sont des journalistes athées qui vont nous exposer les raisons de croire...

 

Dans son article d'ouverture, Philippe Chevallier présente loyalement le problème : "Qu'on se le dise avant de discuter des bonnes ou mauvaises raisons de croire : l'existence de Dieu, c'est-à-dire d'un être éternel à l'origine du monde, n'a jamais été une évidence." C'est ce qu'écrit aussi Roger Verneaux dans son Introduction générale à la philosophie : "Les causes premières ne sont pas évidentes. En particulier, Dieu ne l'est pas, ni quant à son existence, ni quant à sa nature ; de sorte que, avant de le contempler, POUR arriver à le contempler, des RAISONNEMENTS sont nécessaires".

 

"Penser l'existence de Dieu est une affaire sérieuse, dans la mesure où l'on peut aussi penser son absence." J'aime beaucoup cette phrase - et ce qu'elle implique. Cela dit, Tresmontant a très bien montré que l'on ne peut pas penser l'absence de Dieu (pas plus qu'on ne peut penser le néant), et que penser COMME SI Dieu n'existait pas, ce n'est pas, à proprement parler, "penser l'absence de Dieu".

 

Chevallier cite aussi Pyrrhon : "Les doctrines se contredisent, il faut donc suspendre son jugement". C'est une pensée très répandue chez nos contemporains – j'ai pu le vérifier sur le blog Totus Tuus. Mais la réponse est : Non. Il faut les examiner chacune, et évaluer leur rationalité (selon la définition qu'en donne Tresmontant). On verra alors que toutes les doctrines ne se valent pas – et qu'un certain nombre peuvent être aisément écartées.

 

On entre ensuite de plain-pied dans l'exposition des 10 raisons de croire.

 

1ère raison de croire : "Parce qu'à l'horloge il faut un horloger".  C'est certainement l'argument le plus fort – celui auquel Tresmontant consacra toute son oeuvre. L'univers existe, il est structuré mathématiquement, intelligemment ; son ordre est admirable, en même temps que sa complexité qui dépasse les possibilités de l'humain (il n'y a qu'à observer la structure de notre propre cerveau...). Il n'est pas raisonnable de penser que le néant puisse produire de l'être, ni le hasard de l'organisation complexe et géniale de manière systématique. "Il m'est arrivé de dire, et c'est vrai, que c'est la seule des trois "preuves" classiques qui me paraisse forte, la seule qui, parfois, me fasse vaciller. Pourquoi? Parce que la contingence est un abîme"... (André Comte Sponville)

 

2e raison de croire : "Parce qu'une particule porte son nom".  Le fameux boson de Higgs. C'est une raison dérivée de la 1ère : le boson de Higgs accrédite la théorie du Big Bang et l'idée selon laquelle tout ce qui existe dans l'univers a commencé d'être – est né, et a donc un âge. Rien de ce qui est, dans l'Univers, n'est éternel. Pas même les atomes – comme on l'a longtemps cru. L'Univers lui-même ne l'est pas. Et sa naissance reste un grand mystère...

 

Chevallier cite ensuite le chanoine Lemaître, qui aurait dit au Pape Pie XII au sujet de sa découverte du Big Bang :  "J'ai dit commencement, je n'ai pas dit création. Personnellement, j'estime que [la théorie du Big Bang] reste entièrement en dehors de toute question métaphysique ou religieuse". Ce propos montre assez bien que, si Lemaître était sans aucun doute un scientifique de tout premier rang, il était un bien piètre philosophe... Aucune théorie scientifique ne se trouve "en dehors" des questions métaphysiques, puisque par nature, la métaphysique porte sur la réalité physique telle que nous la présentent les sciences positives. Par ailleurs : la notion de "commencement" implique nécessairement l'idée de "création". Car tout ce qui commence d'être et qui ne préexistait pas est une création. Une chose qui commence d'être ne peut être incréée. C'est aussi simple que cela.

 

3e raison de croire : "Sinon tout est permis".  Si Dieu n'existe pas, il n'existe pas de Juge devant qui rendre compte de nos actes. Il n'est pas juste cependant de dire que sans Dieu, "tout est permis" – car il existe un ordre naturel que tout homme peut découvrir par sa raison. Pas besoin d'être croyant pour savoir qu'il est des actes qui nous détruisent – d'autres qui nous édifient. Cela est affaire d'expérience – et de vérité objective. La nécessité d'une loi morale pour grandir en humanité n'est donc pas une preuve de l'existence de Dieu – mais elle ouvre la question de l'origine fondamentale de cette mystérieuse nature existante et de son ordre immanent.

 

4e raison de croire : "Parce que le Diable existe".  Paradoxalement, le mystère du mal peut nous conduire à Dieu – car la souffrance, en un sens, nous révèle que nous ne sommes pas faits pour cette existence périssable ; que nous aspirons, au plus profond de notre être, à la vie et au bonheur sans fin. Nous "montons" vers Dieu comme le nageur qui, au fond de l'eau, "monte" vers l'oxygène pour ne pas périr noyé. Spontanément, lorsque nous sommes au fond de la souffrance, de la peur, de l'angoisse, nous prions... – comme une poussée d'Archimède spirituelle qui fait jaillir de notre âme un cri vers le ciel lorsque nous sommes plongés dans la détresse.

 

5e raison de croire : "Chaque fois que j'écoute Bach".  Il est amusant ici de relever que Claude Tresmontant compare souvent la création de l'univers à une symphonie de Bach en train d'être composée... Oui, l'expérience de la Beauté nous fait éprouver une réalité qui n'est pas de ce monde, et qui n'est pas réductible à la matière.

 

J'aime beaucoup la citation de Karl Barth :  "Je ne suis pas sûr que les anges, quand ils cherchent à glorifier Dieu, jouent de la musique de Bach. Je suis certain, en revanche, que lorsqu'ils sont entre eux, ils jouent du Mozart."  

 

6e raison de croire : "Parce que Dieu me l'a dit".  C'est le mystère de la rencontre avec Dieu, que beaucoup expérimentent. Ce sont des expériences personnelles, éminemment subjectives, et difficilement vérifiables – quoiqu'on en voit les effets quand elles transforment des vies de manière spectaculaire. Mais l'accumulation de ces expériences, elle, est un fait objectif qui pose question.

 

7e raison de croire : "Parce que nous pensons à lui".  C'est l'argument ontologique de St Anselme qui ne prouve rien, sinon les capacités de l'esprit humain à penser des réalités qui transcendent la réalité matérielle. En fait, St Anselme a surtout démontré la nature spirituelle de notre âme – ce qui est déjà bien. Mais que nous pensions à Dieu ne le fait pas nécessairement exister – pas plus que d'imaginer le PSG champion ne fait de lui le futur champion! 

 

8e raison : "Parce que je tiens à garder mes jours fériés".  C'est en effet un argument essentiel! Tous les gens deviennent étrangement pratiquants quand il s'agit de prendre leurs congés...

 

9e raison : "Parce que les livres de Michel Onfray sont vraiment trop mauvais". Un des passages les plus savoureux de ce dossier de l'Express... Le plus décisif à mon avis. 

 

10e raison : "Parce que c'est absurde". La citation que l'on prête à Tertullien est heureusement corrigée par Philippe Chevallier. Il est plus rationnel de croire (quoique cela soit mystérieux) qu'un Être éternel, intelligent et tout puissant a créé notre univers, que de penser que l'univers ait pu se faire tout seul, comme un grand, de rien jusqu'à nous et notre prodigieux cerveau. Bach et Einstein seraient le fruit conjugué du néant et du hasard aveugle? Absurde! - c'est de l'ordre du conte de fée (un conte de fée qui attribue à la nature des propriétés magiques...). Nous avons donc à choisir entre le mystère (d'une création par un Être transcendant) et l'absurde (d'une auto-création de l'univers). Le croyant croit, non parce que c'est absurde, mais parce que l'absurdité de l'absurde le conduit au mystère.

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Published by Matthieu BOUCART - dans Critiques
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2 août 2012 4 02 /08 /août /2012 00:00

Correspondance philosophique Blondel LaberthonnièreJuste après la parution de sa thèse, Tresmontant décide de sortir de l’oubli deux grandes figures de la pensée chrétienne du début du XXe siècle, Maurice Blondel et Lucien Laberthonnière, en publiant leur riche correspondance, ce qui est une occasion de souligner la modernité de la philosophie chrétienne, de plus en plus consciente de son unité.

 

Si l’on connaît un peu mieux aujourd’hui Maurice Blondel, sans doute l’un des plus grands métaphysiciens que la philosophie ait comptés, on peine encore à reconnaître en Laberthonnière un véritable philosophe. Pourtant, le 15 janvier 1922, Maurice Blondel écrivait au cardinal Mercier au sujet de son ami : « L’œuvre du P. Laberthonnière sera connue tôt ou tard dans son intégralité : cette œuvre, je crois pouvoir l’attester en connaissance de cause, apparaîtra plus grande, plus forte, plus foncièrement philosophique et chrétienne que celle d’un Malebranche ou d’un Newman. » (p. 322)

 

L’exigence de Laberthonnière qui traverse tout son travail pourrait se résumer en une phrase : « L’idée prédominante qui m’a guidé en étudiant la philosophie, ç’a été de reconnaître la rationalité du christianisme. » (Cahier de jeunesse, nov. 1882)

 

La méthode d’immanence

 

A l’époque, on a souvent reproché à Blondel de faire de la théologie surnaturelle ; la méthode de Blondel est proprement philosophique, précisément parce qu'il ne fait pas appel à la Révélation. (p. 27)

 

En réalité, il s’agit d’un malentendu autour de sa célèbre « méthode d’immanence » que l’on a confondue avec une doctrine de l'immanence, laquelle stipule que l’être créé, l’homme, serait par nature consubstantiel à la divinité. Blondel n’a jamais écrit ou pensé cela.

 

En revanche, avec sa méthode d’immanence, « le philosophe d’Aix » s’est attaché à décrypter et révéler les modalités de l’appel à la vie surnaturelle, d’où le problème fondamental de l’Action, selon le titre de sa thèse de doctorat dès 1893.

 

D’ailleurs, Tresmontant rappelle que « Toute leur vie, Blondel et Laberthonnière ont lutté contre une philosophie qui substituerait à l'action elle-mêmel'idée de l'action. » (p. 57)

 

« Ce n'est pas sur un plan seulement noétique que la chose se résout et s'opère. C'est dans tout notre être, notre pensée, notre vouloir, notre agir. » (p. 57)

 

Par une analyse ontologique intégrale, Blondel manifeste comment la réalité tout entière est pré-adaptée à une fin surnaturelle et c’est pourquoi le père Laberthonnière est enthousiasmé en définissant la méthode de Blondel comme une « introduction à une théologie vivante » (p. 91) qui permet de corroborer l’effectivité du surnaturel grâce aux mystiques chrétiens, témoins, par leur expérience, de la réalité du spirituel. « Les philosophes chrétiens indépendants, vraiment libres, ne sont-ce pas les mystiques ? »(Laberthonnière, p. 83)

 

« Le surnaturel ne sort pas des exigences de la nature, il est bien offert de l'extérieur par Dieu. Mais lorsque Dieu se révèle à l'homme, il ne se contente pas de cette présentation extérieure : il excite encore de l'intérieur son appétit. » (p. 37)

 

Deux approches : une ontologie génétique (Blondel) et une philosophie dogmatique (Laberthonnière)

 

Blondel était aussi présenté comme un néo-kantien ; à ce sujet, Blondel est formel : « Je ne suis ni « néo-kantien », ni « subjectiviste », ni « fidéiste », ni « phénoméniste », comme on le prétend. »

 

Quant à Laberthonnière, son dogmatisme moral s’exprime dans une conquête de la charité qui mobilise tout l’être : « Nous ne pouvons être vraiment philosophes que religieusement, c'est-à-dire en reconnaissant que nous n'avons rien que nous ne recevions. » (p. 366)

 

On comprend ainsi que les deux philosophes s’interrogent sérieusement sur la logique du don dans l’œuvre de Dieu.

 

Au cours de leur recherche, ils s’accordent pour ne pas ajouter quoi que ce soit à la doctrine chrétienne mais bien plutôt à suivre les mystiques, en se libérant de toute auto-sacralisation, ce qui suppose un véritable dépouillement du vieil homme. 

 

« Problème capital de la métaphysique chrétienne »selon Blondel, la charité mérite une étude scrupuleuse ; il s’agit d’une con-descendance gratuite et miraculeuse de Dieu : un don surnaturel.

 

L’amitié entre les deux hommes va s’effriter lorsqu’il s’agira de s’entendre sur les conditions de la divinisation. Ils s’entendent au moins pour considérer que « De même que Dieu ne peut s'incarner et se manifester à l'homme que par cette kénôse, l'homme ne peut parvenir au terme de sa destinée surnaturelle qu'en se dépouillant du « vieil homme », pour devenir « créature nouvelle » et naître de nouveau. » (p. 367). Blondel reprend un terme de physiologie, l'intussusception, pour signifier l'acte par lequel les matières nutritives sont introduites dans l'intérieur des corps organisés, pour y être absorbés ; toutefois, cette absorption n'est pas un anéantissement de la personne tel que voulaient le vivre certains mystiques (Eckhart, Porete) : « Au sens biologique (et plus encore au sens spirituel), assimiler, c'est absorber sans détruire, transformer sans confondre les substances dont l'une est élevée et employée en entrant dans l'organisme et en participant effectivement à une vie supérieure» (La Pensée, tome I, 1934, p. 39) L’union de l’homme et de Dieu ne se limite pas du tout à une simple amitié de consentement et son reproche est implacable : « Vous laissez l'homme et Dieu en présence comme deux contractants qui font alliance au pair, alors que pour moi il s'agit d'une intussusception réciproque, ut unum sint. » (Blondel, p. 349)

 

En dépit de ces querelles techniques, Laberthonnière et Blondel ont apporté un accomplissement dans la pensée chrétienne en reconnaissant une génétique dans le processus créateur et divinisateur, union théandrique célébrée dans le Cantique des Cantiques, livre central de l’Ecriture.

 

Introduction (p. 7)

 Chapitre premier : La naissance d'une amitié philosophique (p. 65)

 Chapitre II : autour de la crise moderniste (p. 147)

 Chapitre III : Malebranche (p. 223)

 Chapitre IV : La métaphysique de la charité et le problème capital de la métaphysique chrétienne (p. 237)

 Epilogue (p. 359)

 Index des noms propres (p. 385)

 

Citations :

 

« La véritable philosophie est la sainteté de la raison. » (Blondel) + « La charité est l'organe de la parfaite connaissance. » (p. 14)

 

« Il y a plus de connaissance et plus d'intelligence dans la pratique vécue et littérale que dans l'idéalisme gnostique. » (p. 30)

 

« L'Eglise est une démocratie divine. Mais pour être une démocratie elle n'est pas une anarchie (protestantisme), elle est une démocratie organisée ; elle suppose une hiérarchie : ce qui ne veut pas dire des maîtres et des esclaves dans l'ordre spirituel. C'est la même vie qui circule de bas en haut et de haut en bas. » (p. 184, Laberthonnière.)

 

« Il s'agit d'une union plus et vraiment vitale qui fait de l'homme comme un organe, comme un membre du Christ et, par Lui, de l'ordre universel destiné à être incorporé à la divinité même. » (p. 243, Blondel) 

 

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Published by Jérémy MARIE - dans Bibliographie
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29 juillet 2012 7 29 /07 /juillet /2012 11:48

"On appelle pensée rationnelle une pensée qui est conforme à l'expérience, qui n'entre pas en contradiction avec l'expérience, c'est-à-dire avec la réalité objective."

(Claude Tresmontant)

 

Introduction

1. Deux méthodes de raisonnement métaphysique

2. Méthode déductive vs méthode inductive

 

I - La méthode déductive, de Platon à nos jours

1. "Quand donc l'âme atteint-elle la vérité?"

2. La métaphysique de René Descartes

3. Kant et la raison pure (1)

4. Kant et la raison pure (2)

5. Le dogme de la philosophie moderne

6. Le divorce entre la science et la philosophie

 

II - Critique de la méthode déductive

1. Des présupposés erronés - des résultats non probants

 

A - Des présupposés erronés

1. Premier présupposé de la méthode déductive : "Le monde est ma représentation"

2. Deuxième présupposé de la méthode déductive : Le dualisme corps/âme

3. Troisième présupposé de la méthode déductive : La nature n'est pas informée

B - Une méthode défaillante

1. Du possible au réel?

2. Du réel au possible (le vrai mouvement de la pensée humaine)

 

C - Des résultats non probants

1. Les résultats de la méthode déductive (1) - Descartes

2. Les résultats de la méthode déductive (2) - Haeckel

3. Les résultats de la méthode déductive (3) - Schelling, Hegel et les autres

 

Conclusion

1. Le point de départ de la réflexion philosophique

2. L'importance fondamentale de l'expérience dans le travail philosophique

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Published by Matthieu BOUCART - dans Méthode déductive
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22 juillet 2012 7 22 /07 /juillet /2012 00:00

"La première chose à faire, si nous voulons entreprendre une recherche philosophique, est (…) de savoir [quel point] de départ nous allons prendre.

 

"On nous dira peut-être que l'acceptation de tel ou tel point de départ est un choix a priori, en ce sens que ce choix présuppose une position philosophique. Or la vraie philosophie ne doit-elle pas être sans aucun a priori? Le philosophe n'est-il pas celui qui, progressivement, rejette tous les a priori pour être de plus en plus capable de saisir tout ce qui peut le conduire à la vérité? Tout a priori n'est-il pas une limitation qui nous enferme en nous-mêmes et nous empêche d'écouter l'autre, de le comprendre en ce que, précisément, nous ne sommes pas?

 

"Pour éviter tout a priori, il faut découvrir comme point de départ ce qu'il y a de plus radical et ce qui s'impose à notre connaissance comme excluant tout choix possible (tout choix, en effet, implique un aspect volontaire et, à ce titre, constitue un a priori pour notre connaissance). Autrement dit, le point de départ d'une philosophie réaliste — d'une philosophie qui refuse tout a priori — ne peut être que celui qui est plus radical que les autres et qui, par le fait même, ne peut être contenu par les autres. II faut donc que ce point de départ n'en présuppose aucun autre, sans pour autant les exclure, mais en les situant à leur place, selon leur valeur propre. Car le propre de la connaissance philosophique est d'être la plus radicale qui soit, la plus exhaustive, une connaissance primordiale et en même temps ultime, celle au-delà de laquelle on ne peut aller. Elle est donc ce qui correspond aux exigences les plus profondes de notre intelligence humaine, comme intelligence.

 

"Si nous regardons dans cette lumière les divers points de départ de la philosophie occidentale, il semble évident que le point de départ de la philosophie ne peut être que l'expérience au sens le plus fondamental, celle qui est le fruit de l'alliance de notre intelligence et de nos sens externes. Une telle expérience implique le jugement d'existence, par où nous reconnaissons que telle réalité existe, qu'elle est, qu'elle s'impose à nous comme une véritable réalité existante, non seulement autre que notre intelligence, mais aussi autre que nous-mêmes dans notre propre existence. Notre intelligence, dans ce jugement d'existence, est capable de reconnaître cette réalité comme existante et comme pouvant lui apporter une nouvelle détermination.

 

"Ce point de départ n'exclut pas l'expérience interne, mais il permet de comprendre que cette expérience, si intéressante qu'elle soit, n'est pas première au niveau de la recherche de la réalité (…). Certes, l’expérience intérieure a le privilège de nous permettre de saisir immédiatement ce que nous vivons au niveau spirituel : notre amour libre (amour de choix) à l'égard de notre ami, notre connaissance intellectuelle. Elle nous livre donc bien quelque chose d'unique, elle nous donne un contact intime avec quelque chose de spirituel. C'est ce qui explique qu'elle puisse si facilement nous séduire et que, si facilement, nous la considérions comme l'expérience privilégiée qui nous introduira immédiatement dans le domaine de l'esprit, tandis que l'expérience qui se fait par le moyen des sens externes, et qui porte sur le monde sensible, demeure liée aux réalités matérielles. Mais si nous cherchons à connaître la réalité en ce qu'elle a de plus "elle-même", nous devons constater que seule l'expérience qui se réalise à l'aide des sens externes permet au jugement d'existence de découvrir une réalité existante autre que nous-mêmes, et de la saisir dans sa propre existence actuelle ; tandis que le jugement d'existence présent dans notre expérience intérieure ne nous fait pas découvrir une réalité autre que nous : il nous met en présence de l'existence réelle de nos actes de connaissance et d'amour, actes qui n'existent que selon un mode intentionnel. Si intéressantes et révélatrices qu’elles soient, nos expériences internes ne peuvent être premières au sens fort, dans une recherche philosophique qui se veut radicale. Elles sont certes plus proches de "nous", de notre réflexion, mais non de la réalité existante.

 

"Prendre l'expérience des réalités sensibles comme premier point de départ n'exclut pas non plus que l'on puisse s'intéresser à la "conscience" en ce qu'elle a de propre ; mais celle-ci n'est plus regardée comme un point de départ. En effet, en toute expérience (qu'il s'agisse de l'expérience interne ou de l'expérience externe), notre conscience s'éveille et nous pouvons la regarder pour elle-même. Mais ce faisant, nous oublions sa source ; car la conscience ne peut exister que si nous expérimentons les réalités existantes extérieures à nous, ou les réalités qui nous sont immanentes : nos propres activités. Nous prenons conscience de ce que nous vivons. Cette conscience que nous avons de nos diverses activités, si elle est essentielle à notre vie humaine, n'est cependant pas première, encore une fois ; elle ne peut donc pas être le point de départ de notre recherche philosophique, bien qu'elle soit ce que nous saisissons avec le plus de clarté et le plus de lucidité. Si nous prenons la conscience comme point de départ, tout le contenu de nos expériences, en tant, précisément, qu'il nous dépasse, qu'il nous échappe, est laissé de côté. Nous nous enfermons dans ce qui nous est le plus connaturel, ce qui est le plus proche de nos activités humaines, nous demeurons dans l'immanence du vécu et nous ne pouvons plus en sortir, puisque ce qui est antérieur à cette conscience est comme oublié, laissé de côté.

 

"Quant à l'inspiration et à l'intuition, elles ne sont pas rejetées, mais elles sont relativisées par rapport à nos expériences externes. Car si celles-ci nous mettent face à ce-qui-est, à ce qui s'impose à nous comme autre que nous, l’inspiration, provenant de nous, ne peut nous mettre en présence que de réalités "possibles", n'existant que d'une manière "intentionnelle". De même pour l'intuition, mais d'une manière différente ; car l'intuition ne peut nous révéler qu'une nouvelle forme, une nouvelle relation : elle ne porte pas directement sur ce-qui-est. Elle ne peut donc être le point de départ d'une philosophie qui cherche à saisir la réalité en ce qu'elle a de plus fondamental. Si le point de départ de l'art est le possible, si l'art réalise tel ou tel possible en l'"incarnant", la philosophie, elle, part de ce-qui-est. On ne fait pas la philosophie du possible, mais de l'homme qui est, et de tout ce qui est relatif à l'homme.

 

"De même, si les mathématiques envisagent en premier lieu les possibles, les rapports, les relations (ce qui permet de comprendre le lien qui existe entre les mathématiques et l'art), la philosophie, elle, ne peut considérer en premier lieu les possibles, les relations. Si elle les considère, c'est toujours relativement à ce-qui-est. à l'homme-existant considéré en lui-même.

 

"On comprend alors qu’une philosophie qui s'appuie proprement sur l'inspiration et l'intuition, les considérant comme son point de départ, ne puisse jamais se distinguer nettement de l'art et des mathématiques ; elle reste toujours une philosophie du primat du possible, du primat de la relation. N'est-ce pas précisément ce qui caractérise les philosophies idéalistes? L'idéalisme ne considère-t-il pas le possible comme le réel en ce qu’il a de premier (le concret existant n'étant qu'une modalité du possible, une réalisation limitant ce possible, en un mot une application, une "position")?

 

"Enfin, il est évident que les opinions des autres philosophes ne peuvent servir de point de départ à une véritable recherche philosophique de ce-qui-est. Car ces opinions ne sont pas ce qui existe, ce qui est en premier lieu ; elles sont le fruit d'une réflexion humaine. Cependant ces opinions ne doivent pas être rejetées systématiquement comme inutiles ; car le philosophe ne peut se désintéresser de ce que les autres philosophes et les autres hommes ont pu dire avant lui sur la réalité qu'il cherche à comprendre. En effet, ou bien ces hommes ont, avant lui, atteint la vérité, et il doit alors le reconnaître et s'en servir pour pouvoir lui-même, de nouveau, découvrir cette vérité et la confirmer grâce à leurs dires ; ou bien ils se sont trompés et ont erré, et il est intéressant pour lui de saisir pourquoi ils n'ont pas pu atteindre la vérité ; il doit alors se servir de ce qu'ils ont dit pour éviter de se tromper lui-même de la même manière, et pour les critiquer (…).

 

"En résumé, on peut dire que le point de départ d'une philosophie réaliste —celle qui rejette initialement tout a priori — ne peut être que l'expérience au sens le plus fort, impliquant un jugement d'existence sur une réalité existante autre que nous ; mais que les autres sources de connaissance ne sont pas pour autant exclues : elles sont relativisées."

 


P. Marie-Dominique Philippe, in Lettre à un ami, Editions Universitaires 1990, pp. 14 à 17

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Published by Matthieu BOUCART - dans Pensées
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