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2 novembre 2012 5 02 /11 /novembre /2012 10:36

Lorsque nous ouvrons les yeux sur le monde, la première chose que nous percevons, la plus immédiate, c'est notre propre être. Nous voyons, nous nous entendons, nous respirons, nous pensons... sans que nous ne soyons pour rien dans toutes ces opérations.

 

L'aspect de notre visage, notre corps, notre intelligence, toute notre intériorité,... tout cela constitue pour nous une surprise. A telle enseigne que nous ne cessons de nous découvrir nous-mêmes au fil du temps. Notre expérience de la vie nous découvre ainsi des talents, cachés au fond de nous, que nous développons par le travail, après les avoir repérés, discernés. Ce n'est pas nous qui choisissons nos talents ; nos talents sont déjà en nous, avant même que nous les apercevions - ils habitent notre être. Nous avons simplement le pouvoir de les laisser enfouis, ou de les faire s'épanouir. A nous incombe la responsabilité de devenir... ce que nous sommes.

 

Notre être est un mystère [1]. Il est pour nous un donné, quelque chose que nous avons reçu. Nous ne sommes pour rien dans ce que nous sommes. Ce n'est pas nous qui avons demandé à exister, à être ce que nous sommes. Ce n'est pas nous qui avons écrit le message de notre ADN. Notre vie est un cadeau ; et un cadeau d'autant plus inestimable qu'il était infiniment improbable lorsque l'aventure de la vie commença sur la terre [2].

 

Lorsque je détourne maintenant mon attention de moi-même pour la fixer sur la réalité qui m'environne, je vois un monde qui est incapable, lui aussi, de rendre compte de sa propre existence. Il en est incapable, bien sûr, parce qu'il ne parle pas. Mais l'homme que je suis, lui, est capable de le penser et de parler en son nom. Et l'homme que je suis est capable de voir que tout ce qui existe dans l'univers a reçu - comme moi-même - le don de l'être, avec toutes ses facultés extraordinaires (de développement, d'évolution) qui le construisent dans le temps.

 

L'Univers est mû par des forces dont il n'a pas conscience et dont il ne s'est pas pourvu lui-même ; il est régi par des lois qu'il n'a pas écrites et qui le gouvernent - des lois dont il est l'instrument. Si l'univers avait une bouche pour parler, il manifesterait sans doute la même surprise que nous-mêmes, devant notre propre être : "Comment se fait-il que j'existe? Je n'ai pas demandé à exister! Je n'ai pas inventé les lois qui m'habitent! Je n'ai pas décidé de commencer à être, ni de devenir ce que je suis aujourd'hui. Tout ce que je suis, tout ce que j'ai, je l'ai reçu. Je ne peux qu'en prendre acte." 

 

L'univers, comme chacun de nous, est né ; il croît, s'use et meurt de manière irréversible, sans que nous sachions pourquoi il en est ainsi. C'est de l'ordre, aussi, du mystèreC'est de l'ordre, aussi, du miracle : car un être est né - et quel être! (l'univers) - sans que nous sachions pourquoi ; sans que nous en connaissions la cause fondamentale. 

 

La seule chose que nous pouvons dire avec certitude, semble-t-il, c'est que cet univers que nous voyons, qui nous est si familier et qui constitue la trame de notre existence la plus intime, la plus concrète, n'a pas pu se donner à lui-même l'existence - comme nous-mêmes nous ne nous sommes pas donnés à nous-mêmes l'existence.

 

"Nous reportons sur l'univers tout entier ce que notre analyse nous a découvert pour une infime parcelle de l'Univers : nous-mêmes. Nous avons découvert que nous sommes à nous-mêmes comme un don, et que nous avons tout reçu. Il en est de même pour l'Univers tout entier. Cet animal qui ne parle pas n'est pas plus créateur de lui-même que nous ne le sommes. Cette chose, cet arbre, cette pierre, cet atome d'hydrogène, ne sont pas non plus créateurs d'eux-mêmes. L'Univers tout entier, qui se découvre à nos yeux progressivement, avec ses mondes, ses systèmes, ses galaxies, sa matière : rien ne nous permet de dire qu'il est lui-même créateur de lui-même, qu'il est responsable de son existence et de tout ce qu'il contient, entre autres choses de nous-mêmes. Rien ne nous permet d'en faire une sorte d'animal cosmique, comme le faisait Platon, et de décider que cet animal cosmique est un dieu.

 

"L'Univers n'est pas de lui-même créateur. Il est là, sous nos yeux, comme nous-mêmes nous sommes là. Et il reste toujours la question de cette existence et de sa justification." [3]

 


[1] Cf. notre article du 16 septembre 2012, Nous sommes à nous-mêmes un mystère.

[2] Cf. notre article du 23 septembre 2012, Notre vie est un miracle.

[3] Claude Tresmontant, in Essai sur la Connaissance de Dieu, Cerf 1959, p. 31-32 

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Published by Matthieu BOUCART - dans Métaphysique
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commentaires

Yesus Kristus 29/11/2012 12:02


Merci Matthieu pour cette belle réponse ! et, le moment voulu, lorsque j'aurais un peu plus de temps (Ha ce temps !), je lirais l'article (la réponse que vous avez formulée) que vous me
conseillez... Je compte quand même le faire ce soir, pour ne pas trop accumuluer les lectures ;)

Merci bien, et que le Père qui donne donne l'Intelligence, vous bénisse richement.

Yesus Kristus azu 27/11/2012 18:01


Bonjour Matthieu, 


que pensez-vous de Etienne Klein qui affirme que l'univers ne commence pas avec le Big-bang ? Voir le lien suivant
: http://www.tv5.org/cms/chaine-francophone/info/Les-dossiers-de-la-redaction/Etienne-Klein-l-origine-de-l-univers/p-23489-L-univers-ne-commence-pas-avec-le-Big-Bang-entretien-avec-Etienne-Klein.htm


Ou encore, Stéphen Hawking : http://www.lefigaro.fr/sciences-technologies/2010/09/06/01030-20100906ARTFIG00757-l-univers-est-ne-sans-dieu-hawking-cree-la-polemique.php 


??

Matthieu Boucart 28/11/2012 23:57



Je n'en pense rien, j'accueille. Je prends le réel tel qu'il se donne à connaître. Si le Big Bang n'est pas le commencement absolu de l'univers, eh bien soit - j'en accepte l'augure. Le réel est
le seul maître du philosophe. Le père du Big Bang lui-même, Georges Lemaître, recommandait au Pape de ne pas assimiler trop hâtivement le Big Bang au "Fiat Lux" du Livre de la
Genèse.


 


Claude Tresmontant était bien conscient, à son époque, de la fragilité des théories scientifiques sur le premier commencement de l'univers. C'est pourquoi il répugnait à évoquer le Big Bang dans
ses analyses - préférant réfléchir sur ce qui est incontestable et incontesté : à savoir que l'histoire de l'univers est marquée par de multiples commencements. Etienne
Klein évoque l'un d'entre eux : "Tout ce que l'on peut dire de façon sûre, c'est que l'homme n'a pas toujours été présent dans l'univers, nous sommes là depuis
deux millions d'années et l'univers a 13,7 milliards d'années." Eh bien de ce fait, il convient de rendre compte. Comment une simple nuée d'hydrogène à l'aube des temps a-t-elle
pu produire in fine (dans un temps et un espace limités) des Mozart, des Einstein ou bien même... chacun de nous, personnellement? Comment expliquer cette merveille des merveilles de
chacune de nos existences? La matière seule suffit-elle à expliquer le surgissement, dans l'histoire de l'univers, de la vie, de la conscience, de la
pensée - et la croissance continue de l'information au cours du temps?... Voilà toute la question.


 


La tentative de réponse de Stephen Hawking est absurde et vaine. Je l'avais montré en son temps dans cet article : L'Univers a besoin d'un Créateur.



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