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3 février 2013 7 03 /02 /février /2013 00:00

L'univers est pour nous un mystère. Notre propre existence est pour nous un mystère. Car de l'un ni de l'autre nous ne sommes responsables ; de l'un et de l'autre nous "héritons" - l'un et l'autre, nous les recevons comme un don [1].

 

Lorsqu'on observe le monde, rien de ce qui existe ne semble se suffire à soi-même - puisque tout naît, tout commence d'être. Il n'est aucune réalité dans l'univers observable qui n'ait eu un commencement d'être. Se pose donc à nous la question fondamentale de l'origine ultime de tout ce qui est. Qu'est-ce qui fait que l'univers existe? Qu'est-ce qui fait que nous existons?

 

Bien sûr, nous pouvons répondre à la question de l'existence de toute chose en invoquant des causes prochaines. Qu'est-ce qui m'a fait, moi? Mon père et ma mère. Qu'est-ce qui a fait la Terre? L'agglomération d'éléments lourds (fer, silicium, aluminum, nickel...) en provenance de débris d'étoiles. Qu'est-ce qui a fait notre galaxie? La condensation des nuages froids d'hydrogène et d'hélium sous l'effet de la gravitation. Qu'est-ce qui a fait l'univers? Le Big Bang (ou quelque autre évènement). Etc.

 

Mais lorsque nous avons donné à chaque phénomène sa cause directe - en remontant aussi loin que nous le pouvons -, notre esprit peut-il être pleinement rassasié? "Notre raison est-elle satisfaite quand elle a constaté l'existence de ce monde, quand elle a fait l'inventaire des lois qui régissent ce monde et son évolution? N'y a-t-il plus d'autre question?" [2]

 

Une fois que nous avons décrit les phénomènes et leur enchaînement chronologique, a-t-on tout dit et tout compris du monde et de l'univers? N'est-il pas une question supplémentaire, fondamentale, qui se pose à nous une fois le travail scientifique (d'observation des phénomènes, et d'explication des phénomènes par d'autres phénomènes) accomplit? Nous avons scruté l'univers, étudié sa structure, son mécanisme, son fonctionnement, constaté son développement historique... Mais il est une réalité sur laquelle nous n'avons pas (encore) réfléchi, qui est l'être même de cet univers que nous examinons. Nous avons travaillé sur un donné - nous l'avons exploré à fond. Mais ce donné lui-même, nous ne l'avons pas considéré, avec recul, en tant qu'il est ; nous ne nous sommes pas interrogés sur son existence [3]. Comment se fait-il que notre univers existe? D'où tire-t-il son être? De lui-même - de ses propres ressources (mais comment fait-il alors pour se donner progressivement ce qu'il n'a pas au départ)? Ou d'ailleurs? Bref : "N'y a-t-il que 'du monde', que 'de la nature' (...)? L'existence du monde seul est-elle pensable?" [4] Et si non : Dieu existe-t-il? [5]

 

Cette question de l'être de l'univers - et de l'existence de Dieu qui lui est subséquente - est la première de toutes les questions. Non pas forcément celle qui se pose en premier. Mais la plus fondamentale, celle qui est à la racine de toutes les autres - car l'activité scientifique présuppose l'existence de l'univers [6]. Le problème de l'existence de l'univers se trouve en amont de tous les autres problèmes - puisque tous les autres problèmes lui sont dérivés et en découlent.

1) Si l'univers n'existe pas, l'activité scientifique ne peut trouver à s'exercer - et les questions qu'elle soulève n'ont pas lieu d'être.

2) Or, l'univers existe - et les savants peuvent l'explorer à satiété.

3) Comment se fait-il qu'il existe - s'offrant ainsi généreusement à la contemplation et à l'étude du monde scientifique?

 

Certains affirment que cette question est absurde ; qu'elle ne se pose pas ; qu'il s'agit là d'un faux problème, d'une pseudo-question. "L'univers existe, un point c'est tout.  Il est, c'est ainsi - il n'y a pas lieu de s'en étonner. Il est impensable qu'il ne soit pas. Se demander pourquoi il existe, et pourquoi il existe sous cette forme là, n'a aucun sens. L'univers est ; son existence s'impose à nous. Nous devons l'accueillir tel qu'il est, le recevoir tel qu'il se donne à nous, sans nous poser de questions superflues. Ne perdons pas notre temps en discussions oiseuses à son égard - cherchons plutôt à mieux le connaître, lui."

 

Ceux-là considèrent l'existence de l'univers comme une évidence. Il est parce qu'il est, tout simplement : nous le voyons, nous le sentons, nous l'expérimentons. Son existence est ce qu'il y a de plus certain - elle ne fait pas problème. Elle ne fait problème, en vérité, qu'à une catégorie particulière d'individus : ceux qui entendent proclamer l'existence de Dieu. Mais ceux-ci ne raisonnent pas objectivement, ni rigoureusement. Ils sont mus par une arrière-pensée, un préjugé en faveur de l'existence de Dieu. Or, nous le savons : les préjugés altèrent notre perception du réel - et nous entraînent sur de fausses pistes. Il faut donc les chasser de notre esprit et nous en tenir à ce qui est absolument indiscutable, à savoir : que notre monde existe. L'existence existe - c'est un fait, une évidence première, incontestable, irréfutable. Il n'y a pas lieu de s'en émouvoir.

 

Rares, en vérité, sont ceux qui raisonnent ainsi - qui n'aperçoivent pas le problème, ne le voient pas. Le sens commun, lui, naturellement émerveillé par l'univers et son ordre admirable, pressent la difficulté. Il sent plus ou moins confusément que l'univers a besoin d'une explication ultime, fondamentale, première - que son existence ne va pas de soi ; qu'elle est d'autant plus inévidente que ce que nous savons aujourd'hui de l'univers nous le rend vraiment "bizarre" - selon l'expression de Georges Lemaître ; que le problème de son existence se pose et doit être posé.

 

"Notre raison, d'une manière invincible, se refuse à se tenir satisfaite de cette constatation du fait ; elle se pose la question du fondement de l'existence (...). En posant (...) la question de la source de mon existence (...), je pose une question essentielle à l'exercice de la raison humaine (...). Nous ne pensons pas que les questions fondamentales doivent être nécessairement éludées, comme inconvenantes. Nous pensons au contraire que chacun a le devoir de se les poser, que chacun a le devoir d'aider l'autre à se les mieux poser." [7]

 

Notre interlocuteur soupçonne le philosophe croyant de raisonner selon un préjugé ; et ce faisant, de mal poser le problème. Le problème étant mal posé, le traitement de la question ne peut être que biaisé et aboutir à des conclusions erronées.

 

Claude Tresmontant a parfaitement démontré qu'un raisonnement scientifique (de type inductif) appliqué au réel objectif et expurgé de tout préjugé conduit à la conclusion certaine de l'existence de Dieu. Mais... admettons un instant qu'un tel raisonnement aboutissant à une telle conclusion soit effectivement influencé par un préjugé favorable à l'existence de Dieu. Le compliment peut être aisément retourné. Car "personne n'aborde une question sans quelque préjugé, c'est-à-dire sans avoir quelque idée de ce qu'il veut prouver. L'homme est un animal social, l'éducation qu'il a reçue l'a marqué pour la vie, et son milieu, ses lectures l'influencent profondément. Vouloir purger son esprit de tout préjugé avant de commencer à philosopher, comme Descartes prétendait le faire par son doute méthodique, cela est tout à fait vain. Descartes n'y a pas réussi, ni personne après lui ; cela reviendrait à vivre et penser seul, ce qui est impossible. Et le pire des préjugés est de croire qu'on n'en a pas, car on en a toujours, et justement un préjugé n'est nocif pour la vie de l'esprit que s'il est inconscient et inavoué." [8]

 

Notre interlocuteur qui prétend que la question de l'existence de l'univers ne se pose pas se trouve donc dans une situation inconfortable - pour le moins. Car s'il reproche au philosophe croyant de raisonner selon des a priori posés au départ avant toute analyse, son affirmation elle-même repose sur un préjugé gouvernant sa pensée - d'autant plus pernicieux ici qu'il est totalement inconscient. Ce préjugé, quel est-il? Claude Tresmontant l'a très bien mis au jour, en montant que pour cet interlocuteur, "l'existence de l'univers ne fait pas problème, car cette existence est nécessaire. L'univers est, et il n'y a pas à nous en étonner, car il existe nécessairement. Il est l'Être lui-même. S'étonne-t-on de l'existence de l'Être? (...). Dire que l'existence de l'univers va de soi, et qu'il n'y a pas lieu de s'en étonner, c'est, au fond, penser que l'existence de l'univers est ontologiquement suffisante : l'univers existe par soi (...). Il est l'Être, sans restriction, sans précision, sans distinction. Il est l'Être, il est le seul Être, il existe nécessairement, puisque l'Être ne peut pas ne pas exister. Son existence ne fait pas question, elle ne pose aucun problème. Il n'y a pas lieu de nous étonner de l'être de l'univers, il n'y a pas lieu de nous demander pourquoi l'univers existe. Il est, et puisqu'il est l'Être qui ne dépend d'aucun autre, il faut le dire : il est l'Être absolu." [9]

 

L'assertion de notre interlocuteur s'avère donc le produit d'une thèse métaphysique subrepticement posée au départ - d'un préjugé selon lequel l'univers est le seul Être, à l'exclusion de tout autre. Ce qui est précisément en question. Refuser de soumettre à la critique ce postulat posé a priori, affirmer sans discussion que le débat n'a pas à être ouvert - parce qu'il est déjà clos -, c'est professer arbitrairement, péremptoirement, sans la moindre justification rationnelle, que l'Univers est le seul être, l'Être absolu ; c'est manifester une pensée dogmatique - celle-là même que l'on reproche au philosophe croyant.

 

Il est donc inexact de dire que la question ne se pose pas. Elle se pose, parce que celui qui affirme le contraire se l'est en réalité déjà posée et y a répondu à sa manière - même s'il n'en a pas conscience. Le problème est qu'il ne l'a pas traité de manière rationnelle, mais selon ses préférences cachées, ses options secrètes, ses orientations inavouées. Il nous faut donc regarder le problème en face, et examiner rationnellement la question de savoir si l'univers est le seul Être ou s'il ne l'est pas.

 


[1] Cf. nos articles des 16 septembre 2012, Nous sommes à nous-mêmes un mystère, 23 septembre 2012, Notre vie est un miracle, et 2 novembre 2012, L'univers n'est pas créateur de lui-même.

[2] Claude Tresmontant, in Essai sur la Connaissance de Dieu, Cerf 1959, p. 8.

[3] Cf. notre article du 2 décembre 2012, Toute existence pose question.

[4] Op. cit., p. 15

[5] J'entends 'Dieu' ici au sens le plus neutre du terme, à savoir : l'Absolu incréé qui se distingue de l'univers, et qui n'a besoin de rien ni de personne pour être ce qu'il est comme il est. Cf. notre article du 15 janvier 2013, La question de l'existence de Dieu.

[6] Cf. notre article du 23 décembre 2012, La question fondamentale - absolument première.

[7] Op. cit., pp. 15, 33, 8-9.

[8] Roger Verneaux, Introduction Générale et Logique, Beauchesne et ses Fils, 1964.

[9] Claude Tresmontant, in Comment se pose aujourd'hui le problème de l'existence de Dieu, Editions du Seuil 1966, pp. 54 et 55.

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Published by Matthieu BOUCART - dans Métaphysique
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commentaires

Elevencyan 04/01/2014 11:05


 seul un Être créateur est capable de
poser dans l'existence la matière 


 


A aucun moment tu ne prouves qu'un être est
nécessaire. Le fait de dire que la matière ne se créee pas toute seule, qu'elle ne surgit pas du néant, ne suppose pas que la seule cause possible soit l'existence d'un "être" créateur. C'est
tout simplement une conclusion qui ne suit pas de ce raisonnement. Quelque chose crée la matière, dire qu'il s'agit d'un être c'est faire un très grand raccourci de raisonnement. Il ne suit pas
non plus que cet être soit conscient et aimant (l'amour, le désir de création et d'ordre ont d'ailleurs toujours une
cause, dire que Dieu crée par amour ne répond donc pas a la question de la cause de cet amour, c'est juste une façon d'éviter la question).





"le hasard ne produit pas d'ordre". Tout
est causalité, mais il ne suit pas de cela que la cause première est une intelligence consciente, il se peut que l'existence soit vide de toute forme de sentiments, en tout cas il n'est pas
possible d'affirmer le contraire.


"ce qui est interte ne produit pas la vie"
Qu'est ce qui est inerte dans ce monde ? Tout l'univers est en mouvement permanent, tout atome est en transit, plein d'énergie et de transformations. La vie est bien aparue par des causes
chimiques, mais qui nous dit qu'a l'origine de ces mouvements il y a une vie ?


car l'homme avec toute sa science est
incapable de produire l'univers et toutes ses merveilles : le cerveau humain, l'oeil, la moindre cellule vivante, etc 


 


Bof, qui sait ? Peut être pourons nous créer tout cela un
jour ? Mais ça n'a rien a voir avec l'existence de Dieu.


 


Si c'est ça la métaphysique, je ne vois pas en quoi elle se
distingue de la philosophie. Elle obeit au même contraintes, le raisonnement et le doute, elle n'a donc pas a se subsituer a la science, de même que le philosophe qui se respecte n'a pas
l'arrogance de démontrer par le raisonnement l'existence empirique de quelque chose qui n'est pas démontré par l'experience scientifique.



Elevencyan 04/01/2014 10:21


Ca ne répond pas a ma question. Quelle est-elle ? Comment fonctionne t-elle ?

Elevencyan 16/12/2013 14:33


la suite de mon commentaire a été coupée. Je résume, ma question fondamentale est : Quelle est la méthode métaphysique qui permet de démontrer rationllement l'existence de Dieu malgré le fait
qu'il soit fondamentalement autre ?

Matthieu Boucart 30/12/2013 14:15



C'est la méthode métaphysique dite REALISTE, qui part de l'observation scientifique du donné objectif, et qui s'applique à raisonner correctement (c'est-à-dire : sans préjugé ni paralogisme) sur
ce donné. Les conclusions de ce raisonnement peuvent paraître déroutantes à première vue (puisqu'elles conduisent irrésistiblement à l'existence de Dieu), mais lorsque l'on voit qu'elles
résistent aux critiques, et que les options alternatives proposées ne sont pas rationnelles, on se dit que nous avons de bonnes raisons de penser que nous avons atteint là une vérité profonde
dont nous pouvons avoir la certitude rationnelle, et qu'il nous appartient d'approfondir plus avant (pour examiner, par exemple, si cet Être transcendant que la raison découvre n'a pas cherché à
entrer en relation avec nous). Un petit détour par Israël peut être très éclairant à ce sujet. 



Elevencyan 16/12/2013 10:45


J'ai bien compris que l'athée préfère que
Dieu n'existe pas.  Le métaphysicien qui cherche la vérité lui n'a
aucune préférence.


 


Ne jouons pas sur les mots. Non, l'athée ne "préfère" pas que Dieu n'existe pas, pas plus qu'il ne préfère que les licornes ou les fées existent, il les met simplement au rang de la fantaise où
elles sont très confortablement logées. Si Dieu existait ou si je pouvais voler dans le ciel avec des anges je serais très conent, je n'y crois pas par insuffisance de preuves, un point c'est
tout.



 La "cause indéterminée" que tu es bien obligé de confesser, ce n'est
peut-être pas le Dieu théiste judéo-chrétien


 


je suis également satifait de t'avoir obligé à confesser que ce n'est peut être pas le Dieu théiste Judéo-chrétien (petite pique inutile je l'avoue, mais ça t'apprendra à faire passer mon souci
d'objectivité pour une "confession").



 "Tu penses donc
qu'une chose complexe est nécessairement le fruit d'une chose plus complexe?"Je pense qu'une organisation intelligente (comme celle
que l'on trouve dans l'oeil ou le cerveau humain) est nécessairement le fruit d'une intelligence à
l'oeuvre, oui. "Tu sais
bien que non." Ah?


Je suis allé un peu vite là parce qu'il me semble que dans un post que j'ai lu de toi tu admettais le fait que la complexité puisse émerger de la simplicité. Tu
n'es pas sans savoir que Darwin, en bon scientifique, avait lui aussi émis des doutes quand à la possibilité d'une complexité irréductible qui réduirait à néant sa théorie, prenant notament
l'exemple de l'oeil. Mais, en bon scientifique aussi, il a cherché et trouvé une explication pour cette complexité : l'oeil se construit petit à petit, n'étant au départ qu'un simple nerf
photosensible, qui permet à un organisme très primitif une très légère notion de la lumière qui lui permet de survivre etc. De la même manière le cerveau commence par de petits centres nerveux
qui évoluent vers la complexité. Je ne suis pas un biologiste, mais il me semble que la très grande majorité des scientifiques acceptent l'idée que la preuve d'une complexité irréductible n'a pas
été encore trouvée, ce qui pour le moment rend la théorie de l'évolution encore solide.


Si on est pas d'accord sur ça le débat est tout autre : il s'agit de savoir si la majorité des scientifiques se trompe sur la théorie de l'évolution ou pas, ce dont
je ne peux pas serieusement discuter parce que je ne suis pas biologiste. Mais c'est au moins une preuve que c'est de la science dont on a besoin pour répondre a cette question, pas de la
métaphysique.


"la matière crée l'intelligence par des
causes si mystérieuses qu'il convient d'en rester à ce que l'on sait..." C'est parce que j'en reste à ce que je sais que
je ne peux affirmer que "la
matière crée l'intelligence".
Ce postulat te paraît aller de soi. Moi pas.





Tu as raison.


 


et ne pas postuler un esprit créateur
qui ne s'impose à la nécessité logique." Je pense tout le contraire. Si l'on est vraiment
logique, on est conduit à affirmer que la matière est incapable par elle-même et à elle seule de créer l'intelligence, ni le moindre ordre - la moindre organisation ; elle est incapable de
"créer" quoique ce soit d'ailleurs : elle ne peut donner que ce qu'elle a. "L'amibe ne peut pas communiquer une information
génétique de lion, parce qu'elle ne la possède pas." (Tresmontant)


 


Je ne rentre pas dans les détails scientifiques. Mais admettons que la matière soit incapable d'ordre et de création, il n'en reste pas moins à trouver ce qui est responsable de l'ordre et de la
création, la nécessité d'un Dieu créateur intelligent, conscient, aimant s'impose t'elle ?  C'est là que la logique réclame de la prudence.


 


"tu as tort de te moquer de Loïc quand
il dit qu'il n'y a pas de différence entre Einstein et une pierre, après tout cela devrait servir ta cause : si il n'y a pas de différence physique entre une pierre et Einstein c'est bien qu'il y
a autre chose de métaphysique qui les sépare n'est-ce pas?" C'est

Matthieu Boucart 30/12/2013 14:05



"Si Dieu existait ou si je pouvais voler dans le ciel avec des anges je serais très content, je n'y crois pas par insuffisance de preuves, un point c'est
tout." Alors Claude Tresmontant est un auteur pour toi!  Et tu es chez toi sur ce blog.


 


Sur l'évolution : Tresmontant ne la remet nullement en doute. Au contraire : il fait remarquer que l'évolution est un phénomène de bien plus grande ampleur que ce que Darwin imaginait,
puisqu'elle concerne non seulement les espèces vivantes, mais aussi la matière cosmique et l'univers en son entier. L'évolution des espèces a pris le relais en somme de l'évolution cosmique qui a
conduit à leur apparition. Et ce fait de l'évolution - qui n'est plus contesté par personne, sinon quelques "créationnistes" fanatiques sans aucune crédibilité scientifique - est la "matière
première" de la réflexion métaphysique de Claude Tresmontant conduisant à l'existence de Dieu.


 


"admettons que la matière soit incapable d'ordre et de création, il n'en reste pas moins à trouver ce qui est responsable de l'ordre et de la création, la
nécessité d'un Dieu créateur intelligent, conscient, aimant s'impose-t-elle?" Oui - tout du moins si l'on tient à la rationalité. Car seule une intelligence est capable de mettre de
l'ordre (et de fabriquer une merveille de complexité savante comme l'ADN) ; seul un Être créateur est capable de poser dans l'existence la matière (dont nous savons qu'elle n'est pas éternelle et
qu'elle ne peut provenir du néant) ; seul un Être vivant, conscient et aimant est capable de donner vie à des êtres conscients et aimants (car si le MOINS ne peut créer le PLUS, le PLUS peut
créer le MOINS).


 


Si la matière est incapable d'ordre et de création selon l'hypothèse que tu poses, il faut donc aller chercher ailleurs que dans la matière le principe d'explication de l'ordre et de la
création. Mais si l'on veut rester rationnels, il faut chercher du côté de l'Être (car le néant ne produit pas d'êtres), de l'Intelligence (car le hasard ne produit pas d'ordre), de la
vie (car ce qui est inerte ne produit pas la vie), et de la puissance sur-humaine (car l'homme avec toute sa science est incapable de produire l'univers et toutes ses merveilles : le cerveau
humain, l'oeil, la moindre cellule vivante, etc.). Un Être immatériel Intelligent, vivant et tout-puissant - c'est lui que nous nommons Dieu.



Elevencyan 09/12/2013 15:19


(je tutoie par habitude, il ne faut pas y voir de familiarité ni de paternalisme)

Pour répondre à une méconception de l'atheisme que je vois souvent dans tes articles : en bonne science on ne préfère pas une "absence de cause" à une cause divine. On préfère une cause
indeterminée à l'idée qu'une cause divine et une cause non divine indéterminée soient de valeurs théoriques égales. C'est pas "Dieu ou rien", c'est "on ne sait pas, mais
n'allons pas mettre Dieu là où il ne s'impose pas". C'est là l'athéisme le plus solide à mon avis, et il se distingue de l'agnostiscime par cette simple échelle de valeurs théorique qui relève du
bon sens. (il y a bien sûr des athées un peu "lourds" qui ne comprennent pas cette nuance, je ne les approuve pas plus que toi)

Quand tu dis que si l'univers à une cause X, je te suis, c'est tout à fait valable comme théorie. Mais tu la qualifie d'option "theiste". C'est aller un peu vite en besogne. Je crois que tu
confonds "être" et "être concsient, vivant". L'existence d'une cause inconnue ne suppose en rien qu'elle ait consicence de quoi que ce soit, c'est une "cause X", je ne l'apellerais même pas
"être" pour éviter la confusion.

ou bien l’univers a sa cause en lui-même : il s’est donc donné l’être tout seul, et s’est affublé tout seul ses propres caractéristiques d’organisation et de complexification
croissante… jusqu’au cerveau humain! Mais c’est reconnaître à la seule matière une puissance extraordinaire, une intelligence et une ingéniosité inouïe… C’est l’option panthéiste, étrangement reprise par l’athéisme moderne qui n’a pas perçu, semble-t-il, la nature païenne d’une telle cosmogonie
D'abord laisse moi te dire qu'un athée se moque bien de savoir si ce qu'il pense est proche du paganisme ou du christianisme puisque pour lui les deux ont autant tort l'un que
l'autre, mais passons. Tu dis :

Mais c’est reconnaître à la seule matière une
puissance extraordinaire, une intelligence et une ingéniosité inouïe.


Tu penses donc qu'une chose complexe est nécessairement le fruit d'une chose plus complexe ? Tu sais bien que non. Je n'entre pas dans les détails, mais ne crois tu pas que cet argument suffise à
montrer que le tien ne va pas de soi ? Je ne dis pas cela pour te prouver que l'univers peut être cause de lui même, simplement parce que je trouve que ta vision de la création est erronnée :
selon toi il n'y aurait que la matière et rien ou Dieu et la matière, encore une fois c'est aller trop vite en besogne : la matière crée l'intelligence par des causes si mysterieuses qu'il
convient d'en rester a ce que l'on en sait, c'est à dire pas grand chose, et ne pas postuler un esprit créateur qui ne s'impose à la necessité logique.

La question se pose avec d'autant plus d'acuité que notre
Univers n'a pas toujours existé ; que la matière n'a pas toujours existé ; et que le processus algorithmique d'évolution que vous évoquez n'a pas toujours existé. D'où vient alors
qu'ils existent, et qu'ils existent tels qu'ils existent, avec ce dynamisme intérieur qui gouverne toute l'Evolution (cosmique puis biologique) et la conduit dans le sens d'une
complexification toujours croissante... jusqu'à l'homme et son extraordinaire cerveau?


On se pose la question, oui, mais on a pas la réponse. (et crois moi, je partage tes sentiments de désir de réponses vis à vis de cette enigme éternelle :)

pourquoi nous a t-il crée ?


Pouvez vous me résumer ce que dit la "révélation" sur cette question en quelques mots ? (je ne vais pas lire tout le livre de Tresmontant désolé >_

Matthieu Boucart 15/12/2013 17:12



"Pour répondre à une méconception de l'athéisme (...) : en bonne science on ne préfère pas une "absence de cause" à une cause divine. On préfère une cause
indéterminée à l'idée qu'une cause divine et une cause non divine et une cause non divine indéterminée soient de valeurs théoriques égales. C'est pas "Dieu ou rien", c'est "on ne sait pas, mais
n'allons pas mettre Dieu là où il ne s'impose pas." J'ai bien compris que l'athée préfère que Dieu n'existe pas.  Le métaphysicien qui cherche la vérité lui n'a aucune préférence. Il observe le réel ; il raisonne sur le réel, à partir du réel ; et
il voit bien, lui, que l'idée de Dieu "s'impose" nécessairement. La "cause indéterminée" que tu es bien obligé de
confesser, ce n'est peut-être pas le Dieu théiste judéo-chrétien (qu'on ne peut connaître que par la révélation qu'il a faite de lui-même), mais c'est une réalité que les philosophes païens ont
pris l'habitude de désigner par "Dieu", ou "le Démiurge". Peu importe le nom qu'on lui donne. L'important est de savoir qu'elle existe - et que l'explication ultime de l'univers se trouve en
elle.


 


"Tu penses donc qu'une chose complexe est nécessairement le fruit d'une chose plus complexe?"Je pense qu'une organisation intelligente (comme celle
que l'on trouve dans l'oeil ou le cerveau humain) est nécessairement le fruit d'une intelligence à l'oeuvre, oui. "Tu sais bien que non." Ah?


 


"la matière crée l'intelligence par des causes si mystérieuses qu'il convient d'en rester à ce que l'on sait..." C'est parce que j'en reste à ce que
je sais que je ne peux affirmer que "la matière crée l'intelligence". Ce postulat te paraît aller de soi. Moi pas. "... et ne pas postuler un esprit créateur qui ne s'impose à la nécessité logique." Je pense tout le contraire. Si l'on est vraiment logique, on est conduit à
affirmer que la matière est incapable par elle-même et à elle seule de créer l'intelligence, ni le moindre ordre - la moindre organisation ; elle est incapable de "créer" quoique ce soit
d'ailleurs : elle ne peut donner que ce qu'elle a. "L'amibe ne peut pas communiquer une information génétique de lion, parce qu'elle ne la possède
pas." (Tresmontant)


 


"On se pose la question, oui, mais on n'a pas la réponse." C'est parce qu'"on" n'a pas bien
cherché. 


 


"Pourquoi nous a-t-il créé? Pouvez-vous me résumer ce que dit la "révélation" sur cette question en quelques mots (je ne vais pas lire tout le livre de
Tresmontant désolé)" C'est dommage, car je pense que tu te régalerais à le lire, même si tu n'es pas d'accord avec lui. C'est un auteur vraiment extraordinaire. (Si c'est à cause d'un
problème financier, dis-le moi, je te l'offrirai avec plaisir) Dieu nous a créé gratuitement, par amour, pour nous donner de partager sa vie et sa joie, pour l'éternité. Nous avons été créés POUR
la vie sans fin, POUR le bonheur infini, POUR la communion avec Dieu et avec les hommes, nos frères, dans l'amour. Ce projet de Dieu s'est violemment heurté au péché des hommes, qui a introduit
le mal et la mort dans notre monde - qui reste, du coup, inachevé. Mais le mal et la mort n'auront pas le dernier mot. Par la venue de Dieu en notre chair (mystère ineffable que nous adorons à
Noël) ; et dans le mystère pascal de Jésus-Christ, mort et ressuscité pour notre salut, en qui nous sommes réconciliés avec Dieu ; le projet que Dieu avait sur nous au moment de la Création a
commencé de s'accomplir - et il s'achèvera pleinement à la fin du monde, lorsque le Christ reviendra dans la Gloire pour juger les vivants et les morts, et établir son règne de justice et de
paix. Les saints, les miracles qui se manifestent dans leur sillage, les apparitions qui se multiplient depuis 3-4 siècles (de la Vierge Marie surtout) manifestent la présence au milieu de nous
du Royaume de Dieu qui sera notre patrie définitive, où notre être sera transformé dans l'amour. La chrysalide que nous sommes deviendra papillon... à condition que nous consentions à cette
métamorphose dans la vie en plénitude que Dieu nous propose.


 


"la question de l'existence de Dieu est bien d'ordre scientifique." Absolument pas. Vous ne trouverez dans aucun traité d'astronomie un chapitre
consacré à cette question. Si Dieu est autre que l'univers, il ne peut intéresser la science qui ne regarde que l'univers matériel. Cela ne signifie pas que Dieu n'existe pas, ni que la
question de son existence ne se pose pas. Cela signifie que le traitement rationnel de cette question relève d'une autre discipline rationnelle qui ne se limite pas à la réalité quantitative,
mais s'intéresse à toute réalité même non matérielle - qui est la philosophie.


 


"tu as tort de te moquer de Loïc quand il dit qu'il n'y a pas de différence entre Einstein et une pierre, après tout cela devrait servir ta cause : si il n'y a
pas de différence physique entre une pierre et Einstein c'est bien qu'il y a autre chose de métaphysique qui les sépare n'est-ce pas?" C'est ce que j'ai essayé de lui faire
comprendre. 



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  • : Blog consacré à l'un des plus grands métaphysiciens catholiques du XXe siècle, qui démontra le caractère irrationnel de l'athéisme.
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